La fameuse note de passage : l’Avis et la Vie. Constant pognant.

Par | Mylène Croteau

Il vous est suggéré de faire cette expérience sociale, simplement pour réaliser à quel point les informations que vous partagerez génèreront des perceptions sociales vous concernant, de la part de votre interlocuteur. Vous partagerez certainement des indications relatives à votre statut social (emploi), à votre niveau de scolarité (AEC, DEP, collégial, universitaire), à votre statut personnel (célibataire, divorcé, marié, tous, avec ou sans enfant), à votre lieu de résidence (campagne, ville, posséder un chalet) ainsi qu’à vos habitudes (assister à des concerts / spectacles, voyager, etc).

Les mots que vous utiliserez vous catapulteront dans une case statutaire, une cellule sociale ayant soit plus ou moins réussi sa vie, l’ayant manifestement bien réussi ou dans celle d’un individu dont on ne sait trop que dire. Prenez en conscience.

Vous rencontrez à un magasin une connaissance que vous n’avez pas vue depuis 20 ans. La sempiternelle question qui est souvent la première posée : “Que deviens-tu?”, référence à “Que fais-tu dans la vie?” Vous répondez : “Je suis caissière pour l’entreprise X”. Le visage de cet ancien camarade se fige subtilement, car son cerveau vient de vous classer dans une catégorie. Vous poursuivez la conversation en lui disant que vous cumulez deux emplois, afin que votre famille, faisant partie de l’étiquette “famille monoparentale”, puisse bien profiter de la vie. L’interlocuteur  se dandine, ne sachant plus quoi dire, cherchant un échappatoire pour terminer la conversation, car pour lui, les questions “Es-tu heureux.euse?” ou “Qu’est-ce qui t’anime ou quelles sont tes passions?” ne font pas instinctivement partie de la conversation.

Car il a besoin de situer où vous êtes dans la vie, par rapport à lui, ou par rapport à la catégorisation sociale, laquelle sous-tend de façon légèrement pernicieuse, le rang que vous occupez dans la société par rapport à vos revenus, à vos possessions, au fait d’être parent solo ou même de ne pas avoir eu d’enfant.

Nous pouvons tous être impressionnés par le nombre de diplômes complétés, par une carrière ou un type de métier, par la tenue vestimentaire ou par le mode de vie d’une personne. Car derrière ces aspects, se camouflent une tranche de revenu, un “standing social”, l’image d’une réussite économique, d’un poste prestigieux et se cachent même des marques griffées de vêtements ou pas. Et cela, inconsciemment, rend le cerveau plus enclin à abréger une conversation ou à la poursuivre, bien davantage évidemment, si les deux individus ont l’impression d’avoir “leur vis-à-vis respectifs” dans la discussion.

L’on vient de parler d’attentes et de normes ou des “attendus que…” en lien avec l’âge de la personne, une diplomation, ou autre considérant technique hiérarchique. Donc, de l’avis des autres, qui lui, n’est qu’arbitraire, informel, partial et subjectif.

Qui a dit que, rendu à tel âge, il fallait impérativement posséder une maison ou avoir en épargnes un montant minimal X de CELI ou de REÉR? Que doit-on penser des gens qui paient un loyer à chaque mois?  Qui a dit que la l’importance, la notoriété ou le prestige doit nécessairement s’accoler avec une rémunération, un revenu ou un salaire?

Qui a dit que la valeur d’un individu provient, à priori, d’items extrinsèques comme les biens matériels (maison, chalet, voiture, motocyclette, etc) pouvant être estimés? Font-ils une façade aux compétences, aux passions et aux valeurs morales qui dictent les attitudes et les actes d’une personne?

Ces derniers ne sont pas affichés, rien ne les traduit, si ce n’est qu’un regard empreint de compassion, de traits faciaux dégageant bonté, des yeux pétillants d’une curiosité bienveillante à l’égard de ce qui n’est pas visible, la Vie de l’autre?

Pourquoi ai-je rédigé cet article?
Parce que je refuse de me ranger dans une classe sociale, ce qui équivaut pour moi au système de castes régissant les interactions sociales et fonctionnelles en Inde. Je n’appartiens pas à un groupe fermé dans lequel je serais née avec un statut fixe, non évolutif, qui ne changerait pas.

Blaguons. Je représente l’archétype fonctionnel d’une personne qui aurait, vu de l’extérieur, moult éléments favorisant la stabilité d’un emploi frôlant les 70 000 $ annuellement.

Hélas, ma soif de liberté, mon engagement envers mes valeurs profondes, mon côté non carriériste, que je qualifierais de plutôt artistique et indépendant, ont fait de moi une grande humaine. Qui dans sa nouvelle décade, prend à “pleine bouche” ses différentes, ses divergences mais également et heureusement pour ma santé mentale, sa richesse intérieure que nul ne peut estimer.

J’ai 50 ans. Je ne possède pas de maison. Je vis en mode locatif. La majorité des meubles ne m’appartiennent pas. Je ne peux pas jongler avec les fluctuations de la bourse et les marchés financiers. J’ai des épargnes, mais rien d’enviable et de notable. Je travaille dans le secteur communautaire. C’est un choix. Assumé. Stable financièrement et sur le plan du travail? Aucunement.

Et pourtant
Ma vie a été un long fleuve tantôt tumultueux, tantôt plus tranquille. Mais toujours, toujours, je ne serai pas celle qui possède. Je serai de celles qui donnent, qui écoutent et dont les conseils sont avisés. Parce que je carbure aux personnes inspirantes de mon entourage et que je m’imbibe de leur courage et de leur détermination.

(…)
Je suis celui qui va jusqu’au bout
Je suis celui qui frappe
Dedans la vie
À grands coups d’amour – (…) Gerry Boulet, Chanson Toujours vivant

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