L’Humeur buissonnière  Le temps des cathédrales

Dyane Raymond

L’Humeur buissonnière

 Le temps des cathédrales

Par Dyane Raymond

Va savoir pourquoi ce titre me vient soudain en tête. Peut-être parce que j’ai en face de moi un arbre que je regarde grandir depuis des décennies, majestueux, bien sûr, un peu penché comme la célèbre tour, ancré, comme on aime penser qu’on l’est aussi, sur cette terre comme au ciel. Je veux dire attachée au vivant et attentive aux choses sensibles, qui nous échappent souvent mais n’en interviennent pas moins dans nos jours et nos nuits, nos clairs et nos obscurs.

Peut-être encore parce que le petit lac est là lui aussi devant moi et dans ma vie et que je l’aime comme on aime d’amour, parce qu’ensemble on se prodigue caresses et douceurs et bonheurs incommensurablement et que je me love en lui, ondulante et belle, en apesanteur, ni dans l’air ni sur la terre dans un mouvement que ni mon corps ni mon esprit ne dirigent ; seule la reconnaissance, l’irrépressible nécessité de dire merci à cette vie-là, que j’ai sans qu’elle m’appartienne vraiment puisque je fais partie d’un tout, quoiqu’en pensent et disent les frustes et les rustres de ce monde aux égos engoncés dans la difformité de leur être.

Désolée, je suis sévère, là. Parfois c’est plus fort que moi, en général, je ne me chauffe pas de ce bois-là. Je préfère la softitude, qui ressemble à la solitude, mais en plus doux, qui contient l’amour qui m’habite, mais aussi de la mansuétude et ce regard qui m’offre à voir de l’autre, du petit et du grand ; le gratuit, l’ouvert, l’imparfait ; d’y porter une attention qui ne sera ni banale ni condescendante ni arbitraire ; de faire ce que je peux même si c’est pas toujours ce que je veux. Et de ne pas trop m’affliger de toute la misère du monde, même si celle-ci est absurde immense pesante envahissante injuste inhumaine horrifiante enrageante désolante choquante et que je me sens tellement mais tellement impuissante à la soulager, quant à l’éradiquer, n’en parlons pas. Je ne suis pas mère Teresa, ni de près ni de loin, même si j’ai du cœur, que j’essaie de remettre quotidiennement à sa place, comme on corrige un élève « dur de comprenure ».

J’étais partie avec les cathédrales, sans trop savoir pourquoi ; je ne le sais pas plus maintenant, mais on peut en parler. Je dirai, pour ma part, que la beauté m’intéresse davantage que la grandeur, ou alors il s’agira d’une noblesse bâtarde, qui a de la terre sous les ongles, un pas lent et tranquille, des yeux bons, et qui le soir venu lève son verre à la flamboyance du ciel.

C’était le temps des cathédrales, donc. Ce mois d’août grandiose, à célébrer, à savourer, à étreindre, à embrasser, comme je vous embrasse ami(e)s du Cantonnier.

 

Sylvie Veilleux

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