Faim de mois
par Mario Dufresne

Depuis quelques années, on constate en région un phénomène qui était surtout visible en milieu urbain : l’insécurité alimentaire. De plus en plus de familles se retrouvent à devoir choisir entre payer le loyer, les factures oul’épicerie.
Selon des données publiées par Moisson Beauce (qui dessert la région de Disraeli), la fréquentation des banques alimentaires a augmenté de 25 à 35 % entre 2022 et 2024. Cela représente, selon les estimations, de 10 à 14 % des ménages du secteur qui ont recours à une banque alimentaire au moins une fois dans l’année. C’est un enfant sur quatre qui dépend d’un dépannage alimentaire chez nous.
Et si l’on va un peu plus loin dans les statistiques, on s’aperçoit que cette augmentation est principalement marquée chez les familles monoparentales, les aîné.e.s et les travailleuses et travailleurs à faible revenu ou en emploi précaire. Des personnes qui ont un travail ou qui touchent une rente, mais qui n’arrivent plus à boucler les fins de mois.
Pourquoi c’est comme ça?
Comment peut-on expliquer que la situation ne cesse de s’aggraver année après année? Bien sûr, il n’y a pas de cause unique, autrement tout serait déjà réglé. Une première qui saute aux yeux, la hausse des prix des denrées alimentaires : 4% en un an. Or, c’est une moyenne. Si on s’attarde à certains groupes alimentaires en particulier, on verra que les pourcentages sont parfois plus qu’alarmants. Par exemple, la viande bovine a augmenté de 19 % et celui du bœuf haché de 15 %, pourtant il n’y a pas si longtemps considéré comme un aliment de base dans le panier d’épicerie canadien en raison de sa polyvalence, de son coût abordable et de sa valeur nutritive. Le jus d’orange, autre produit essentiel, est maintenant passé au rang de produit de luxe avec une augmentation de 25 %. Les œufs, c’est entre 12 et 28 %. Pour le lait, on s’attend à une hausse variant entre 2 et 3% au début de 2026, une troisième en autant d’années.
L’absence de transport en commun dans les régions est aussi l’une des causes responsables des difficultés budgétaires des familles. Dans certains villages, il faut parfois franchir une vingtaine de kilomètres pour se rendre à l’épicerie.On doit prendre la voiture, ce qui ajoute des coûts supplémentaires pour l’essence et l’entretien du véhicule. Enfin, à cela vient s’ajouter le coût du chauffage qui a presque doublé au cours des 10 dernières années. Autant d’augmentations qui contribuent à la diminution du contenu dans le frigo.
Peut-on y faire quelque chose?
Bien qu’il ne soit pas possible d’agir sur les causes externes de l’insécurité alimentaire, notamment l’augmentation du prix des denrées, il demeure que plusieurs actions peuvent être mises en place pour diminuer les causes internes.
La question du transport demeure cruciale tellement les distances sont grandes. Un soutien au transport rural par la mise en service de navettes, sous la responsabilité de la MRC, concourrait grandement à diminuer les coûts de carburant et permettrait l’accès aux soldes dans les épiceries des centres urbains du territoire, sans parler de l’apport écologique du programme.
En ce qui concerne la nourriture proprement dite, un programme de subventions pour maintenir de petites épiceries de proximité ou le soutien à l’implantation de coopératives alimentaires dans les villages où l’épicerie a fermé seraient un grand pas en avant. Le développement de marchés publics ambulants, comme on en trouve en Europe, est aussi très attrayant. Un autre concept qui fait graduellement son entrée, l’épicerie mobile qui parcourt les villages. Les jardins communautaires, les serres quatre-saisons sont autant de pistes de solutions qui s’ajoutent aux programmes existants dans les régions plus éloignées.
Garantir une alimentation saine pour toutes les familles se doit d’être un choix de société…et pas seulement pendant la période des Fêtes.
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