On poursuit avec les perles de la toponymie du Québec : Chemins, rangs, routes et rues, un échantillon!

Par | Mylène Croteau

Le 26 juin dernier, un article vous a gratifié de noms insolites de cours d’eau et de municipalités au Québec, laissant soit pantois soit amusé. La toponymie québécois et d’ailleurs, ne manque pas de créativité. Allons-y maintenant gaiment avec des noms de chemins, de rangs de routes et de rues! Si vous croyez avoir tout vu, vous pourriez en tomber de votre chaise!

Pour les personnes ayant déposé pénates au Europe, particulièrement en France, des noms de rue et de ruelles sont carrément loufoque et crûment évocateurs de folichonneries! On est trop poli pour les énoncer ici, trop évocateurs ou qui pourraient faire sourciller! Toutefois, au Québec, à Saint-Jean-Port-Joli, dans la MRC de l’Islet, une rue pourrait inciter les gens à s’exhiber en public, peut-être même, au pied du poteau où le nom de cette rue est affiché : la rue de la Branlette. Heureusement, pour le moment, aucun incident d’imitation du geste intimé par la pancarte n’auraient été relevé.

Chemins, rangs et routes
L’on retrouve plus de 30 000 rangs au Québec. À cela, s’ajoutent les chemins, qui eux aussi, peuvent porter des noms singuliers. En voici une courte liste:

Chemins Brise-Culotte : situé en Estrie et dans le Bas Saint-Laurent, ce nom fait référence à des broussailles épineuses qui abîmaient les vêtements des agriculteurs. Ce qui n’est plus le cas désormais, mais ce fait est resté profondément ancré dans la mémoire collective.

Chemin de la Fourche-à-Hélène : situé à Packington et allant jusqu’à Témiscouata-sur-le-Lac, il a été renommé Chemin Hélène en 20024, mais les résidents le nomme encore selon l’appellation d’origine. Ce toponyme original tire son nom d’une anecdote des années passées où une pancarte « La Fourche à Hélène » avait été posée devant la porte d’une résidente locale nommée Hélène Bouchard, après la construction d’un chemin de raccourci qu’elle avait défendu bec et ongles.

Chemin de la Pénétration : il s’agit d’un long chemin forestier parallèle à la voie ferrée du CN, jalonné de relais et de pourvoiries, dont le parcours historique remonte au développement de la région, à Senneterre, en Abitibi-Témiscamingue.

Chemin de la Rivière-des Fèves Nord : est une voie située en Montérégie, traversant les localités de Sainte-Martine et de Saint-Urbain. Elle longe un cours d’eau du même nom, la rivière des Fèves, un affluent de la rivière Chateauguay.

Chemin du Bout-du-Monde: désigne une route à Saint-Paulin, en Mauricie, sise à l’extrême limite de la localité. Un classique, par contre, car à Saint-Angèle-de-Prémont, également située dans la même région, un chemin porte le même nom.

Chemin du Domaine-Gaie-Roc : situé à Joliette, dans Lanaudière, son nom fait référence au secteur de villégiature du Domaine-Gai-Roc.

Chemin Vire-Crêpes: en lien avec un secteur agricole de Lévis, ce nom amusant évoque l’action de faire sauter une crêpe. Son origine est incertaine. Cette appellation aurait été inspirée par l’habitude des habitants du rang de retourner les crêpes pour les faire cuire.

Rang Claque-Pochette : cette voie de communication se trouve à Saint-Adrien-d’Irlande, en Chaudière-Appalaches. Son nom fait référence au claquement que fait un métier à tisser. En effet, selon la tradition orale transmise depuis des générations, une certaine dame Porter, originaire d’Irlande et résidant dans le haut du rang avec ses enfants au cours des années 1860, confectionnait des pochettes de jutes avec un métier artisanal, tard le soir après les tâches de la journée. Le bruit sec et rapide du métier à tisser (clac! clac! clac!) contrastait avec le silence des alentours et d’aucuns disaient que Mme Porter « claquait » son métier pour confectionner ses pochettes.

Rang de la Deuxième Chaloupe : situé à Notre-dame-des-Prairies, dans la région de Lanaudière. son nom, vieux de plus de 200 ans, provient de la forme d’embarcation que dessine le jonction de ce rang avec les autres rangs de la région.

Rang des Bobettes : le « rang des Bobettes » est un surnom de folklore québécois désignant le rang Saint-Martin à Jonquière (Saguenay). Selon la légende locale, ce nom familier provient des nombreuses personnes qui auraient « perdu leurs bobettes » (sous-vêtements) à cet endroit au fil du temps. Mais dites-moi, ça se perd comme ça, tout seul, des bobettes?

Route de la Baie-des-Ouines : ce nom fait référence à la baie des Ouines, située sur la rive nord du lac Saint-Pierre, à Maskinongé, en Mauricie. Ouines est sans doute une autre forme du mot oigne (woigneoingnewoingne) qui désigne le canard siffleur dans le parler picard. Le mot vient du verbe vuingnier dans le sens de grommelergronder, attesté dès le XIIIe siècle en ancien picard. On le retrouve dans une ritournelle de la célèbre chanson folklorique Le Rapide-Blanc : « Ah! ouigne in hin in », popularisée par Oscar Thiffault.

Rang de l’Embarras : cette voie de communication se trouve à Kamouraska, dans le Bas-Saint-Laurent. Son nom est associé à celui de l’ancien hameau de L’Embarras depuis au moins 1749, comme l’atteste un contrat de vente du notaire Joseph Dionne. Un embarras est formé de la disposition de divers matériaux, tels que des pierres ou des troncs d’arbres dans le fond de la rivière Kamouraska, et permet de la traverser à gué.

Rang des Quarante: à Nicolet, Très-Saint-Sacrement, en Montérégie et Stratford, en Estrie. Toutes ces municipalités ont un rang portant ce nom, mais dans les deux premiers cas, le motif de l’appellation est variable, sauf pour Stratford, où l’origine de ce nom n’est pas connu.

Rang des Vents : est une voie située dans la municipalité de La Conception et s’étirant vers Mont-Tremblant dans la région des Laurentides. C’est un secteur connu pour son cadre naturel et agricole, bordant parfois les zones riveraines

Rang du Vide : Cette voie de communication est située à Sainte-Brigide-d’Iberville, en Montérégie. Son nom réfère à un terme d’arpentage qui désignait un espace de terrain plus ou moins étroit de forme irrégulière, se situant entre deux divisions cadastrales. Le mot vide, dans ce sens, a été oublié depuis longtemps dans l’usage populaire.

Rang Lustucru :  officialisé en 1987, son nom remonterait à 1733 et et s’avérerait être un ancien synonyme du mot « diable ». La rue, sise à Boucherville, en Montérégie, abrite aujourd’hui plusieurs résidences patrimoniales, notamment des maisons rurales construites vers 1760

Rang du Pays-Brûlé : Son nom rappelle qu’un important feu d’herbe serait survenu à Saint-Célestin, dans la région du Centre-du-Québec.

Et maintenant des noms de rues
Avenue du Phare Ouest : à Matane, Bas-Saint-Laurent, au niveau phonétique son nom fait clairement référence à l’époque du “Fas West”. Ou l’on en peut s’empêcher d’y faire penser lorsqu’on nomme cette avenue!

Rue Barré : sise à Montréal, cette rue porte cette dénomination depuis au moins 1835. Elle fut construite entre 1818 et 1835 sur la terre d’un certain Louis Barré (1780-1835), tanneur. Les différents actes de vente de parcelles de sa terre permettent de déterminer approximativement l’ouverture de cette rue de 30 pieds de largeur. Au milieu du XIXe siècle, plusieurs membres de la famille Barré (Nicolas, Joseph et Léon) ont habité dans ce secteur.

Rue Cool : Verdun, Montréal

Rue de la Légende et Rue du Sauvage-Mouillé : Saint-Adèle, Laurentides

Rue du Docteur-Poisson : à Normandin, au, Saguenay-Lac-Saint-Jean, son nom rappelle le souvenir du premier docteur à avoir pratiqué la médecine à Normandin.

Rue Vercingétorix : cette rue est située dans un secteur de Saint-Calixte, dans Lanaudière, où les voies de communication sont désignées par des noms en lien avec l’époque romaine. Vercingétorix est un ancien chef gaulois qui est célèbre pour avoir tenu tête à Jules César lors de la conquête de la Gaule, plus précisément durant les batailles de Gergovie et d’Alésia.

Suivez-nous, dans le prochain article, sur des noms de lieux inusités, mais qui ne sont pas chez-nous au Québec. Nous rigolerons un peu!

Source : Commission de toponymie

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