C’est pas cool! Je souffre d’onychophagie: Oui, je me gruge sporadiquement les ongles

Par | Mylène Croteau

J’aime dire que je suis comme une poule, que je dois avoir un peu de matière dure dans l’estomac. Voilà la raison pour laquelle je me ronge les ongles, mais pas jusqu’au sang, tout de même, on voir encore les cuticules, heureusement! Parfois, je m’amuse à dire, à une personne qui remarque que mes ongles ne sont pas ceux d’une femme qui veille à une manucure soignée, qu’ils sont taillés sur mesure, par mes propres dents.

Ou, je badine en disant que je fais une épargne appréciable depuis au moins 35 ans, puisque je n’ai pas eu à m’acheter un couple-ongle dans ma vie. Remarquez que cet accessoire n’est pas onéreux et ne me mettra pas en perdition financière. Qu’à cela ne tienne, je sculpte mes ongles plusieurs fois par semaine, je suis donc une artiste dont l’objet de ma création est axé sur une partie de mon anatomie.

L’onychopagie en statistiques

Je fais donc partie des 20 à 30% d’adultes qui rongent leurs ongles de mains. Oh la! Je ne me suis pas contorsionniste : je suis incapable de me plier suffisamment pour atteindre mes ongles de pieds avec ma bouche! Et ceux-là, ils me répugnent, bien franchement, car ils sont constitutifs de mes petons qui passent une grand partie de leur journée dans la noirceur et l’humidité. ils ne seraient forcément pas aussi délectables que mes ongles de mains!

L’onychophagie (le fait de se gruger les ongles) est un phénomène courant qui affecte 20 à 30% de la population générale : cette habitude est particulièrement fréquente chez les jeunes : elle concerne 45% des adolescents et près de 42% des jeunes adultes âgés entre 21 et 25 ans. Cette vilaine habitude consciente ou réflexe anodin inconscient, peut paraître sans conséquences. Pourtant, il n’en est rien. En effet, les dentistes mettent en garde les invétérés grugeurs d’ongles contre ce geste.

Les conséquences possibles du rongement des ongles

  • Des microfractures de l’émail: ces microtraumatismes sont les résultat d’impacts répétés entre les dents et les ongles. D’abord superficielles, les blessures peuvent évoluer vers des fractures de l’émail de plus en plus profondes. À long terme, cette couche protectrice peut subir des dommages importants, augmentant par le fait même la vulnérabilité des dents aux caries, et leur sensibilité au chaud, au froid et aux acides.
  • Des troubles à l’articulation temporo-mandibulaire (ATM) : cette habitude exerce une pression supplémentaire sur les articulations de la mâchoire, notamment sur les disques articulaires. Ces composantes, qui ont pour rôle d’amortir les chocs, risquent alors de se déplacer et se déséquilibrer, ce qui peut entraîner des douleurs et de la fatigue articulaires.
  • Une augmentation des risques d’infection:  en portant les ongles à la bouche, les nombreux germes et bactéries qui s’y trouvent risquent d’y migrer et de s’additionner à ceux qui vivent déjà dans la cavité buccale. Une inflammation des gencives demandant des soins particuliers et des infections comme la carie peuvent donc se développer à cause des assauts bactériens.

Mais pourquoi je me gruge les ongles? Le pire est j’apprécie ce que ça m’apporte!

J’aurais développé cette habitude durant l’enfance. Mon cerveau s’est-il dit : “Cesse de sucer ton pouce, petite fille et gruge les ongles?” Socialement, en vieillissant, sucer mon pouce, seule ou en public aurait été malaisant ou considéré comme franchement bizarre. Selon des études, je me grugerais les ongles pour apaiser un moment de nervosité, pour calmer des tensions internes, lorsque je me trouve dans une situation plus stressante ou lorsque je me remémore des souvenirs, alors que je serais nostalgique. En y réfléchissant, les raisons de l’onychophagie dont je suis affligée, sont véridiques. Cette manie n’est pas considérée comme un trouble psychologique ou psychiatrique, mais davantage comme un mécanisme d’apaisement quand une situation génère des émotions et pensées moins plaisantes. Ce geste involontaire peut également être posé lorsque la personne cherche des alternatives, des façons de faire ou des solutions pour régler un conflit, par exemple. Se gruger les ongles apaise les pensées anxiogènes ou colériques, apporte calme et génère réconfort.

Un impétueux soulagement de courte durée, mais …

Malheureusement, j’en conviens, la sentiment de consolation qu’apporte une bonne “séance de grugage d’ongles” n’est que temporaire. Évidemment, ce que l’on doit affronter est là devant nous, à côté de nous ou même derrière nous. Maîtriser l’art de saboter l’esthétisme des ongles n’apporte rien d’efficace ou de gratifiant, sinon, que des douleurs diffuses sur le bouts des doigts ou un cuticule trop abimé qui émet une douleur sourde. J’ai essayé le fameux “Stop and Grow”, dans le jeune vingtaine et dans la décennie qui a suivi : malgré une certaine volonté de me départir de cette fâcheuse habitude, même si le goût de ce produit était désagréable, mes doigts se dirigeaient inexorablement vers ma bouche les pensées tourmentantes venues.

Ayant désormais acquis plusieurs années d’expérience en matière d’onychophagie, je sais quand m’arrêter avant que mes ongles ne soient en charpie et laids. Je recours un peu moins à cette habitude, mais elle a la “couenne dure”! Pourquoi? Parce que je suis une personne sensible, donc un peu plus nerveuse que la majorité statistique. Je l’accepte comme tel, ce cadeau de la belle sensibilité, et j’ai choisi de ne plus me battre contre lui, seulement de lui accorder moins d’emprise sur mes méthodes de gestion de mes émotions. Je vais sûrement continuer de me gruger les ongles, je ne vous mentirai pas.

Je n’ai de promesse à faire qu’à moi-même, et celle-là, je ne m’y acharne plus, car manifestement, les années m’ont appris que lorsque je gruge mes ongles, je me réfugie dans mon thébaïde riche des pivoines que j’affectionne tant et des oiseaux de Jupiter qui y volent majestueusement. Et cet endroit mental propice à la méditation n’est accessible quand je prends ma douche! Là, mes ongles deviennent mou, donc plus malléables!

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