J’haïs l’été

Par | Mylène Croteau

Est-ce vraiment possible? Une personne qui n’aime pas l’été, au Québec? Mais pourquoi, donc?

Cette réflexion est survenue à la suite d’une banale conversation récemment entendue. L’une disait avoir hâte à la chaude saison estivale, l’autre mentionnait que l’été l’incommodait beaucoup.

J’admets que j’abonde aux propos de la seconde personne : les mois de juin à septembre me voient respirer, plutôt haleter, parfois, comme un vieux canasson. Parce que mes rosés poumons éprouvent de la difficulté à endurer l’humidité. Je suis certaine que je ne suis pas la seule personne qui a l’impression de respirer dans une paille bouchée, l’été. Un abonnement à l’air climatisé pour réfrigérer ma longiligne carcasse est indispensable pour assurer ma survivance, l’été.

Les bibittes! Elles ne font pas partie des préférées, en aucune saison. Abeilles, araignées, coccinelles, limaces, lombrics, mouches, alouette, tout cela pour le plus grand déplaisir, à moins d’être passionné par les insectes. Quoi de mieux que de flâner dans son spa, cocktail à la main, sous le déclin du soleil et de devenir l’hôte d’un perce-oreille qui a réussi à se hisser sur notre épaule. Cela m’est arrivé, il y a deux ans, et croyez-moi, l’écho de mon cri empreint de dégoût résonne encore dans le village. Pour décamper de mon spa de façon inélégante, voilà une excellente façon.

Les hideux poils sur les cuisses et les jambes! Pour les personnes davantage velues, l’été, l’achat de rasoirs devient essentiel. Quelle femme ne se soucie absolument pas de montrer ses jambes couvertes d’une disgracieuse pilosité, avec une aisance absolue, de surcroît, avec une superbe touffe sous les bras? Je m’imagine ainsi, vêtue de mon maillot de bain, au Parc du Lac Aylmer. À la simple pensée d’avoir l’air d’un hérisson en public, je m’imagine courir vers une pharmacie, acheter quelques bons rasoirs « qui rendront mes jambes douces » tout l’été.

Je me suis rappelée qu’au printemps passé, j’ai maugréé, un peu, en lâchant quelques canadianismes religieux et soupiré de mécontentement en essayant mes vêtements d’été. L’expérience fut pénible : au moins la moitié d’entre eux faisaient saillir mes rondelets bourrelets et mettaient en valeur ma nouvelle taille que je qualifie désormais de taille de bourdon. C’est avec nostalgie que je dois probablement dire adieu à ma fabuleuse taille de guêpe!

Mais comment une garde-robe et des tiroirs peuvent-ils faire rapetisser chandails, chemisiers, jupes-culottes, maillots de bain et pantalons? Soudainement, la réponse a brutalement percuté l’évidence : c’est la faute de la cinquantaine. Absolument. Des changements hormonaux qui ont créé mon ventru bedon. De la gravité aussi : certaines parties du corps ont la fâcheuse tendance à descendre, en vieillissant. C’est aussi la faute à la sédentarité si mes vêtements sont trop ajustés. Marcher sans but dans mon village me semble de l’errance, je ne suis une adepte d’aucun sport et, de surcroît, j’ai un ennui majeur avec mon système d’élimination.

Le processus de métamorphose corporelle a commencé de façon subtile. Maintenant, au mitan de ma vie, je comprends mieux pourquoi les dames adaptent leurs tenues vestimentaires selon les décades. Fini les camisoles à petites bretelles. Bye-bye les bermudas et les petites robes mi-cuisses. Ah jeunesse défunte! Pour étayer mon hypothèse, j’ai demandé à des personnes que je côtoie pourquoi elles n’aiment pas l’été. Deux raisons ont été sans équivoque identifiées : l’humidité et les détestables modifications corporelles créées par le vieillissement. Comme quoi je ne suis pas la seule à préférer l’hiver. Et cela me rassure.

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