Les Filles du roi : Origines modestes, mais pas femmes de mauvaise vie

Par | Mylène Croteau

Elles s’établissent principalement dans les régions de Québec, de Montréal et de Trois-Rivières. Grâce à des taux de fécondité élevés (souvent 5 à 6 enfants par famille), l’arrivée de ces pionnières permet de multiplier rapidement la population de la colonie. Elles sont considérées comme les mères de la nation québécoise, et environ 80 % des Québécois francophones descendent de l’une d’elles.

En 1663, la Nouvelle-France compte environ 2 500 habitants avec une proportion de sept à dix hommes pour une seule femme. Il n’y a donc pas assez de femmes en Nouvelle-France pour assurer son peuplement. Pour répondre à cette impasse démographique, Louis XIV décide de favoriser le passage de femmes célibataires ou veuves, appelées les Filles du roi, depuis la France jusqu’à la colonie, en vue de les marier aux colons et d’encourager la formation de familles. Cette immigration féminine, amorcée en 1663, est dirigée par l’intendant des finances du royaume, Jean-Baptiste Colbert, appuyé à partir de 1665 par le premier intendant de la Nouvelle-France, Jean Talon. Entre 1663 et 1673, des centaines de femmes acceptent ainsi de migrer vers la colonie en échange d’avantages consentis par le roi.

Le roi Louis XIV prend en charge leur voyage, leur hébergement et leur offre une dot pour faciliter leur établissement. Ce dernier assure non seulement leur traversée à ses frais, mais s’engage de plus à les vêtir et, pour certaines, les munir d’une dot d’au moins 50 livres afin de faciliter leur union. Il s’agit pour la plupart d’entre elles d’une occasion de s’extirper de leur condition et de commencer une nouvelle existence. Si quelques femmes issues de la bourgeoisie et de la petite noblesse comptent parmi les Filles du roi, la grande majorité de celles-ci sont tirées de milieux défavorisés ; environ le tiers sont choisies parmi les orphelines de la Salpêtrière, à Paris. D’autres proviennent des orphelinats, couvents et institutions de charité du nord-ouest de la France.

En 1663, trente-huit (38) Filles du roi viennent s’établir en Nouvelle-France ; 36 d’entre elles font partie du premier contingent arrivé le 22 septembre 1663. Des femmes assurent la direction des cohortes qui suivent, dont Anne Gasnier, épouse de Jean Bourdon, procureur général au Conseil souverain, qui traverse l’Atlantique à plusieurs reprises pour recruter des immigrantes auxquelles elle offre l’hébergement dans sa maison de Québec.

La capitale de la colonie dispose d’ailleurs d’un bâtiment érigé par Talon où logent temporairement les Filles du roi avant qu’elles ne se dispersent majoritairement dans le gouvernement de Québec, mais aussi dans ceux de Montréal et de Trois-Rivières. À Montréal, les Filles du roi sont notamment accueillies par Marguerite Bourgeoys. Supervisées, elles choisissent elles-mêmes leur mari. Dans un milieu où les hommes prêts au mariage sont au moins six fois plus nombreux que les femmes dans la même situation, les Filles du roi n’ont généralement pas tardé à trouver un époux. Elles prennent parti généralement dans les semaines qui suivent leur arrivée. Pendant dix ans, elles sont entre 764 et 1000 à profiter de cette initiative royale et à s’installer dans la colonie. Le taux de natalité en Nouvelle-France atteint alors les soixante-trois (63) naissances par 1000 habitants. Conséquemment, les Filles du roi ont largement contribué à faire doubler la population coloniale de 1666 à 1672.

Source : Répertoire du patrimoine culturel du Québec et Web

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