Par | Gérard Nadeau
On peut dire que le coût de la vie ici est à peu près le même qu’au Québec. Par contre, le revenu mensuel moyen des travailleurs dominicains équivaut à une semaine de travail au salaire minimum chez nous. L’accès à l’éducation supérieure et l’achat de produits de luxe sont réservés à l’élite. Les services publics sont minimalistes et l’accès à un logement décent est difficile. Malgré cela, ce peuple débrouillard aime célébrer la vie.
L’essence ordinaire à 1,65 $ le litre varie peu et il en coûte environ le même prix que chez nous pour se nourrir à condition de ne pas abuser des produits importés comme les céréales populaires ou les raisins sans pépins par exemple. L’électricité, qui coûte trois fois plus cher qu’au Québec, doit être utilisée avec modération. Un très beau logement se décroche à 800$ par mois et on en trouve de très convenables à moins de 400 $ par mois. Il en coûte entre 8 $ et 10 $ par personne pour un repas au restaurant en excluant l’alcool. Le prix des maisons conventionnelles oscille autour de 100 000 $ et les banques exigent un acompte de 50 % avant de prêter la différence à un taux d’intérêt de 8,25 % aujourd’hui, alors que le taux monte à 12 % pour les dettes de consommation comme les meubles et les véhicules.
Avec un taux de chômage actuel aussi bas que 5,3 %, ce sont les faibles salaires qui sont le vrai problème. Le salaire moyen à 640 $ par mois soit l’équivalent d’une semaine de 40 heures au salaire minimum du Québec et le salaire minimum à 400 $ par mois font que l’accès à la propriété est impossible pour le commun des mortels. C’est même difficile pour le professionnel instruit qui gagne plus de 2 000 $ par mois. Ainsi, beaucoup de gens vivent dans de petites chaumières ou dans des maisons familiales avec enfants et grands-parents. L’école est gratuite et obligatoire au primaire et au secondaire, mais les frais connexes comme les uniformes, le transport, les repas et les fournitures n’étant pas fournis, beaucoup de parents n’ont pas les moyens d’envoyer leurs enfants à l’école. Même s’il y a amélioration dans ce domaine, cela explique que beaucoup de citoyens autour de 50 ans et plus ne savent pas lire convenablement. La plupart des Dominicains vivent d’une paie à l’autre, au jour le jour et même de minute en minute. Le salaire étant versé mensuellement ou aux deux semaines, les jours précédents sont difficiles. Aussitôt la paie reçue, une partie importante sert pour le loyer, la dette au dépanneur et les intérêts. Après avoir payé l’électricité et l’épicerie, il ne reste rien pour les loisirs et autres dépenses.
Dans ma région, il n’y a pas de sans-abris comme tel. La température clémente et les petites cabanes font que chacun a son antre. Les mendiants, surtout des éclopés, sont peu nombreux même s’il n’y a pas de sécurité sociale, pas de CNESST, pas d’assurance chômage, pas d’assurance maladie et pas de cuisine populaire. Il y a toujours du riz et des haricots pour se rendre à la fin du mois. Pour ceux qui en ont les moyens, la moto de 90 à 200 cc est le principal moyen de transport d’une famille. Il n’est pas rare d’y installer cinq passagers avec le petit de 16 mois sur le réservoir d’essence, le papa derrière suivi de l’aîné de trois ans et de la maman assise sur le porte-bagages arrière avec le bébé dans les bras! Seuls les plus hauts salariés peuvent se procurer une voiture récente, mais la plupart des autos ont plus de 20 ans et les camionnettes plus de 40 ans. Malgré les difficultés, les Dominicains sont chaleureux et aiment faire la fête à la moindre occasion; leur jovialité est une distinction importante et c’est ce qui nous attire dans la région.
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