Le Triangle dramatique : le reconnaître pour retrouver sa liberté

Par | Danielle Perrault

Plusieurs personnes m’ont questionnée au sujet des triangles dont je vous ai parlé dans ma chronique de septembre au sujet de la guerre. J’ai donc décidé de tenter d’éclairer ces concepts.

Pour illustrer ce principe, je vous propose d’explorer le « triangle dramatique » de Karpman (victime, bourreau, sauveur), ce cercle vicieux où nous nous enfermons souvent sans le savoir.

Imaginez une scène : un homme reçoit un diagnostic difficile. Il s’effondre. Il devient la Victime. Il cherche des coupables (un patron trop dur, un contrat terminé) pour expliquer sa souffrance. Ses proches accourent : ce sont les Sauveurs. Mais dès que l’on cherche un coupable, on finit par trouver un Bourreau (ou persécuteur). C’est là que le piège se referme : les positions changent au gré des événements, mais les acteurs restent prisonniers du même cercle émotionnel. La Victime peut finir par reprocher aux Sauveurs leur maladresse, devenant à son tour leur Bourreau. Le Sauveur, épuisé de ne pas être reconnu, finit par se sentir Victime.

Le poids des dettes invisibles

Ce triangle se nourrit de culpabilité et de dettes émotionnelles. C’est le fameux : « Après tout ce que j’ai fait pour toi, tu me dois bien ça ». Nous nous sentons obligés de porter le bien-être d’autrui sous peine d’être jugés ou exclus. Mais porter l’autre à bout de bras finit toujours par nous épuiser.

Comment faire autrement? Il s’agit d’entrer dans le triangle vertueux de Kerouac. On peut être victime d’une circonstance, mais nous ne sommes pas « une victime » par nature. En cherchant la responsabilité plutôt que le coupable, nous cessons de subir l’expérience pour en faire un moteur de croissance.

Dans ce nouveau schéma, les sauveurs deviennent des soutiens ou des sauveteurs, qui nous apprennent à nous servir de nos propres forces, puis se retirent, nous laissant pleinement responsables de nous-mêmes et pacifiés. De victimes, nous devenons des vainqueurs enrichis par l’épreuve.

Une image illustre parfaitement cette nécessité de se choisir : la dépressurisation en avion. Lorsque les masques à oxygène tombent, la consigne est stricte : ajustez le vôtre avant d’aider votre voisin. Si le sauveur s’empresse d’aider sans s’assurer d’avoir de l’air, il finira par manquer d’oxygène et deviendra un poids — un bourreau — pour celui qu’il voulait protéger (la victime).

Si chacun d’entre nous comprenait et appliquait ceci, on éradiquerait la guerre.

L’amour de soi commence là où le sacrifice de soi s’arrête. Poser ses limites n’est pas un acte d’égoïsme, c’est un acte de survie.

La psychologue Danielle Perrault a écrit plusieurs contes thérapeutiques, des livres, Guérir de son histoire, Une histoire ça se guérit, et fait une dizaine de balados sur la santé mentale À l’écoute de soi, accessibles sur Internet.

 

À propos Mylène Croteau

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