Par | Mylène Croteau
Que Pierre-Charles-Edmond Lacombe ait pu, à Lac-Mégantic, à Milan. à Nantes et à Saint-Jacques-le-Majeur, faire croire qu’il était prêtre, voilà qui ne devait pas être trop difficile, mais qu’il avait pu berner tout le haut clergé diocésain durant 31 mois et quelques jours, voilà qui tient de l’exploit.
Nul ne sait pas quelle ruse il a réussit non seulement à faire croire à Monseigneur Paul Larocque qu’il était prêtre, mais même à se faire confier une cure.
Quand, en 1921, vraisemblablement, vers la fin de l’été, il sollicite une audience au prélat, il a 48 ans. Monseigneur Larocque, qui n’est plus jeune et dont la santé est chancelante, demande sans doute à croire qu’il a devant lui un prêtre sincère désireux d’apporter un peu de réconfort spirituel aux fidèles disséminé dans les coins les plus reculés du diocèse. L’évêque qui déplore que ces fidèles soient contraints de parcourir d’énormes distances pour assister à la messe et recevoir les sacrements mais qui ne peut rien faire pour remédier à ce problème, se laisse prendre aux belles paroles de Pierre-Charles-Edmond et accède à a requête.
(…)
Une belle prestation
Il faut dire que Pierre-Charles-Edmond Lacombe est non seulement d’une belle prestance, mais qu’il est aussi un homme très convaincant.
“Quand il montait en chaire, il tirait des larmes à l’auditeur le plus endurci“, rappelle Georges Parent, qui l’a connu à l’époque où le faux curé était prêtre à la paroisse de Saint-Jacques-le-Majeur. “Il lui arrivait fréquemment de quitter Saint-Jacques pendant quelques jours, parfois même pendant une semaine. Quand il revenait, il avait toujours de l’argent plein les poches. Aux paroissiens, que la chose étonnait, il affirmait qu’il était aller prêcher une retraite à Montréal ou bien que sa mère qui était à l’aise veillait à ce qu’il ne manque de rien“, ajoute M. Parent, qui à plusieurs reprises, a attelé son cheval à son cabriolet ou à son berlot pour conduire l’imposteur à Disraeli, où il montait à bord du train qui faisait la navette entre Québec et Sherbrooke.

Photo de Georges Parent, 1986.
Pas de rancune
“Pourquoi lui en aurais-je voulu? Je ne suis pas sûr que ce n’est grâce a ses prières que j’ai été guéri de la tuberculose“, avoue Georges Parent, en racontant qu’il était forgeron à cette époque et qu’il avait lourdement hypothéqué sa santé quand la mort des deux autres forgerons qui tenaient boutique à Saint-Jacques-le-Majeur lui avait imposé un surcroît de travail.
“Il m’a affirmé que j’allais m’en tirer et je m’en suis tiré. Et je ne suis pas le seul à avoir une dette envers lui. Je me souviens d’un jeune homme de mon âge, incapable de se déplacer, parce qu’il avait mal partout, qui passait ses jours et ses nuits sur un lit de planches. Pierre-Charles-Edmond a assuré son père qui l’implorait de faire quelque chose pour lui, que Dieu ne le laisserait certainement pas dans cet état. Deux semaines plus tard, le jeune homme était de nouveau ses ses jambes et il assistait à la messe. L’amélioration de son état de santé a duré environ un an. Il a alors eu une rechute et il est décédé un peu plus tard, à Montréal, où il avait été placé dans une maison de convalescence“, raconte Georges Parent.
(…)
Le pot aux roses découvert
Il semble que ce soit un jeune prêtre, en visite chez des parents, qui se soit rendu compte qu’il escamotait certains gestes liturgiques durant la messe et qu’il ne lisait pas souvent son bréviaire. De là, à faire part de ses doutes, d’abord au curé d’une paroisse voisine, puis à l’évêque, il n’y avait qu’un pas qui fut vite franchi.
Sentant la soupe chaude, Paul-Charles-Edmond Lacombe ne flâna pas à Saint-Jacques-le-Majeur. “Peu avant son départ, il a fait un sermon qui a arraché des larmes à la plupart des citoyens. Après la messe, il m’a demandé de l’accompagner au presbytère. Il m’a expliqué qu’il ne se sentait pas bien. Je suis entré au presbytère avec lui. Il m’a conduit dans sa chambre, où il a ouvert une malle dont il a tiré une soutane en lambeau, parce que, a-t-ilavoué en pleurant, il y avait découpé des scapulaires. C’était apparemment la soutane de son frère mort quelques années auparavant“, ajout M. Parent.
L’imposteur, qui en prenant congé de Georges Parent, lui avait révélé qu’il ne le reverrait pas avant longtemps, ne mit fin qu’à son manège que plusieurs mois plus tard. Le Vatican, informé de sa supercherie, dut même, en 1925, lui interdire formellement de célébrera la messe et de dispenser des sacrements, non seulement dans les diocèses de Sherbrooke, de Montréal, de Baltimore et de Mobile, mais aussi partout où sa présence serait signalée.
Une mort anonyme
À son retour du sud des États-Unis, s’est-il retiré à Saint-Polycarpe, (…), où il était né le 30 juin 1873? La chose est possible, mais elle n’est pas certaine. On perd toute trace de lui jusqu’en 1935, date de son admission au Centre hospitalier Notre-dame-de-la-Merci, où il y mourut une semaine plus tard. Sur son corps qui ne sera pas réclamé, les étudiants en médecine de l’Université de Montréal se feront la main au scalpel.
La publication de cet article n’aurait pu être possible sans les recherches historiques de monsieur Michel Côté, membre du conseil d’administration du Cantonnier.
Source : Journal La Tribune, Sherbrooke, samedi 12 septembre 1986
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