Par | Mylène Croteau
C’était un colosse. Il mesurait un peu plus de six pieds et il serait sûrement dans les 200 livres. Un homme impressionnant, pour tout dire.
Il passait d’autant moins inaperçu qu’il avait la parole facile. Au courant de tout, il pouvait, durant une heure, soutenir une discussion étoffée sur à peu près n’importe quel sujet.
Il avait beaucoup voyagé, expliquait-il à l’interlocuteur, étonné par l’étendue de ses connaissances, et, comme quiconque a beaucoup voyagé, il avait beaucoup et beaucoup retenu.
Il faut dire que voilà 65 ans, l’étranger qui arrivait avec armes et bagages dans un coin de l’Estrie un peu éloigné des petites villes qui commençaient à y pousser, suscitait la curiosité et attirait les gens comme un aimant attire limaille s’il y avait le moindrement de bagou. À plus forte raison s’il était le premier curé de la place.
À Nantes, Springhill, comme on disait à l’époque, on n’était ni plus riche, ni plus ignorant qu’ailleur on ne l’était pas moins, non plus. Comme on avait peu d’argent, on payait ses dettes en nature plus souvent qu’autrement. “Tu viens de faire boucherie et j’ai besoin d’un quartier de boeuf. Serais-tu prêt à m’en vendre un? Je te donnerais plus de bois de poêle en échange.” C’était une requête courante, agrée la plupart du temps.
Nomination de Pierre-Charles-Edmond Lacombe à la cure de Notre-Dame-des-Bois ait été accueillie avec joie, avec enthousiasme même, ne fait pas le moindre doute. Il y avait longtemps qu’on pressait respectueusement l’évéque du diocèse de Sherbrooke, Monseigneur Paul Larocque, de nommer un curé. La paroisse, desservie durant bon nombre d’années par le curé de la paroisse Sainte-Cécile, l’abbé Vital Dodier, comptait maintenant quelques centaines de fidèles, assez, selon les paroisses, pour faire vivre un curé, pas dans l’opulence certes, mais dans un confort relatif.
Un prédicateur éloquent
Lorsque, le 25 novembre 1922, Pierre-Charles-Edmond Lacombe prit charge de la paroisse Notre-Dame-du-Bon-Conseil en même temps qu’il était nommé desservant la mission Saint-Ambroise-de-Milan, il était en pays connu. Vicaire de la paroisse Sainte-Agnès-de-Lac-Mégantic depuis le 27 septembre 191, il lui arrivait fréquemment de célébrer la messe, à Nantes où on le connaissait comme un homme bon mais exigeant et comme un prédateur d’une rare éloquence.
Il n’allait pas être curé de la paroisse de Notre-Dame-du-Bon-Conseil que pendant un peu plus que quatre mois. Le 2 avril 1923, il était nommé curé de la paroisse Saint-Jacques-le-Majeur dont il devait avoir charge jusqu’au 2 mai 1924.
Des séquelles
Son passage en coup de vent allait toutefois laisser des séquelles douloureuses car Pierre-Charles-Edmond Lacombe, qui durant les dix-sept mois qu’avait duré son séjour à Nantes et à Saint-Jacques-le-Majeur, avait célébré la messe, baptisé des nouveaux-nés et unis des couples, était non pas un prêtre, mais un imposteur.
Les séquelles, on s’efforça de les faire disparaitre. À Nantes, tout au moins. Avec plus ou moins de bonheur. Une quinzaine d’années après son départ, un de ses successeurs, l’abbé Roméo Côté, pris de scrupules, fera couleur à nouveau à nouveau l’eau de baptême sur le front de la plupart des nouveaux-nés devenus adolescents, qu’avait autrefois baptisés Pierre-Charles-Edmond Lacombe.
Il consignera même l’événement dans le registre des baptêmes en plaçant même une note en marge de la mention originelle “arrangé, Roméo Côté, prêtre-curé.”
La publication de cet article n’aurait pu être possible sans les recherches historiques de monsieur Michel Côté, membre du conseil d’administration du Cantonnier.
Source : Journal La Tribune, Sherbrooke, samedi 12 septembre 1966

Première chapelle de Nantes

Stèle des curés de Nantes, 1923 à 2004

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