Quand je vous regarde, personnes aînées à la Résidence : Vous êtes inspiration

Par | Mylène Croteau

Entre “plume”, “girafe” et “marguerite”, j’ai l’immense plaisir, voire bonheur, de côtoyer, entre 12 et 16 heures par semaine, des personnes, qui a priori, ont dépassé le mitan de leur vie et bien davantage l’aube. Elles sont au crépuscule dans le cycle de la vie, mais, à les écouter, à les regarder, elles n’y sont plus, à la brunante, mais plutôt à une étape où elles sont inspiration, voire modèle même. 

Je suis coordonnatrice, conseillère publicitaire,  journaliste et “nourricière” de la page Facebook et du site Web du journal Le Cantonnier. J’en retire une immense fierté, un puissant sentiment d’accomplissement. Je manie donc la “plume”. Avec brio? Nul ne le sait, mais avec mon style. Je ne suis pas que cela, en termes d’emploi ou d’occupation professionnelle de mon temps.

Plume, girafe et marguerite
Je manie aussi la “girafe” et la “marguerite”, qui sont des accessoires utiles en cuisine. Parce que je contribue au bien-être de personnes aînées habitant en RPA (Résidence pour personnes aînées) par ma capacité à concocter de bons repas pour une vingtaine de personnes. Là, réside une autre richesse de ma vie : eux, ces femmes et ces hommes qui m’inspirent par leur capacité de résilience. Celle de devoir affronter des deuils liés à la santé, à leur aménagement dans leur nouveau lieu de vie (la Résidence), au renoncement de leur permis de conduire, à la séparation d’avec leur animal de compagnie, à des aspects de leur autonomie physiologique affectant indéniablement leur dignité et des deuils émotifs liés à la perte d’êtres chers.

Eux : Ils et elles
Ils ne sont différents des moins âgés, sauf en ce qui distingue évidemment certains aspects liés aux changements morphologiques, à la santé et à leurs préoccupations. Ils discutent de la vie politique d’ici et des États-Unis, émettent leur opinion sur des événements / situations planétaires qui les touchent, prévoient des activités de loisirs et sociales avec leurs pairs et se préoccupent de leur bien-être alimentaire, physique et émotif.

Leurs yeux brillent de bonheur, de joie, parfois de tristesse. Leurs bouches sourient encore, leurs cerveaux se rappellent de gentilles paroles de remerciements et leurs bras se tendent encore vers les personnes qu’elles aiment. Ils se soucient de leurs proches et même des personnes qu’elles voient moins souvent, comme moi, mais qui semble devenir une composante appréciable d’un fragment de leur quotidien. Ils me remercie pour le respect dont je fais usage, ce qui est naturel. Ils sont reconnaissants pour la qualité (fraîcheur) des aliments, valeur embrassée par le gestionnaire de l’établissement et à laquelle les employés adhère.

Ils et elles sont nés entre 1934, plus ou moins, et fin des années 1950
Les années 1950 ont été marquées par des innovations majeures dans les domaines de la technologie et de la santé, notamment. Parmi les découvertes les plus marquantes de cette décennie, citons : la carte de crédit (1950), le magnétoscope (1951), la boîte noire (enregistreur de vol, 1953), la télévision couleur (1953), la radio à transistors (1954), le four à micro-ondes (1954), la pilule contraceptive (1956), le Velcro (1958) de même que la poupée Barbie (1959).

Les résidents.e.s ont aussi vu, pour certains.e.s, naître, dans les années 1960, d’autres objets améliorant nettement la gestion des communications, la médecine et le quotidien, tels que : le laser (1960), la cassette audio (1962), le satellite de communication Telstar  (1962), le Valium (1963), le guichet automatique bancaire (1967-1969), la première greffe cardiaque (1967),

Eux : Ils et elles. Et moi.
Ils sont heureux qu’on les appelle par leur prénom, pas par un diminutif : l’on n’oserait jamais les nommer “Madame Mimi”, par exemple. Ils sont contents qu’on leur pose  avec intérêt la simple question : “Comment ça va aujourd’hui?” Et quand ils ne viennent pas diner dans la salle à manger, ils sont rassurés que l’on ait cherché à les retracer, pas pour jouer à la police, mais parce que l’on s’enquiert de leur bien-être. J’agis avec eux comme s’ils étaient tous mes “papas” et mes “mamans” : ce que je mitonne avec enthousiasme dont répondre aux critères d’excellence que devraient bénéficier mes parents et les relations que j’entretiens eux doivent impérativement être courtoises et humaines. C’est facile, gratifiant et valorisant. Je suis utile au Cantonnier, mais je le suis aussi là-bas.

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