Par | Mylène Croteau
Le deuil animalier est une épreuve profonde et réelle, comparable à la perte d’un membre de la famille. Il engendre une immense tristesse face au vide du quotidien, de la culpabilité et parfois un sentiment d’isolement si l’entourage minimise cette douleur. J’ai assez souvent entendu, et cela me donne des boutons et de la fièvre, qu’un animal n’est qu’un animal, qu’il a simplement une date d’expiration, comme les humains, et que l’on peut s’en procurer un autre facilement.
L’on ne peut comparer un animal à un humain, de par leur espèce. L’un se déplace à quatre pattes, quadrupède, dans le cas des chats et des chiens, et l’autre marche avec ses jambes, le bipède humain. Quant à la capacité d’aimer, aux valeurs liées à la loyauté et à la reconnaissance, au ressenti de la douleur physique et même émotionnelle, rien de les distingue, si ce n’est que les facultés cognitives et langagières, ces dernières plus sonores et non verbales chez les animaux. Il est prouvé que les représentants du règne animal, démontrent de la compassion, peuvent le même partenaire jusqu’à ce que la mort les sépare, ont des rituels lors des décès des petits et sont inconsolables après le décès de leur référent humain adoré. Certains cessent de boire et de manger, cela est aussi documenté.
Ces exemples ne sont-ils pas le propre de l’être humain? Est-il le seul mammifère à éprouver affection, amour et tendresse? Qui de surcroît, a besoin de réconfort? Car l’homme est un mammifère, sur le plan de la classification des espèces : l’Homo sapiens ou l’être humain fait partie du règne animal, de l’embranchement des vertébrés. Nous ne sommes peut-être pas si loin du chat et du chien que nous ne pourrions le croire.
Imaginez un individu, n’ayant pu procréer, lequel représente un accomplissement, un but, une mission de l’être humain qui lui parle jusque dans nos organes reproducteurs. Il aurait voulu avoir des enfants, fonder une famille, mais sa matrice de fonctionne pas. Il adopte donc un chat ou un chien. Ou les deux. Le besoin de “materner”, d’être un substitut parental se fait sentir. Il veut éduquer l’animal (propreté, détermination de son territoire, lui transmettre des connaissances (consignes comme lever la patte ou s’asseoir) et l’inviter à certaines de ses activités de loisirs.
Donner de l’amour et le sentir partagé, même si ce n’est pas par un représentant de notre race, revêt une importance tout aussi grande. Bandit, Bosco, Crapule, Dante, Kira, Gustave, Lucky, Minette, Nouky, Romy, Ruby et Yansue ont une durée de vie beaucoup plus limitée que leur “maman” ou “papa” humain. L’on survit généralement à eux. La place qu’ils occupent dans notre cœur et physiquement dans la maisonnée peut être incalculable. Oui, le deuil animalier peut grandement affecter les gens.
Prenons maintenant l’exemple d’un couple de personnes aînées, tous les enfants étant partis du foyer aimant. Un petit animal leur tient compagnie et cela les motive à conserver un mode de vie physiquement actif parce qu’il doit prendre des marches. Ils ont besoin d’aimer, de bichonner, de câliner et de “chouchouter” Bonaparte, Caramel, Fido, Françoise, Miloup, ou Tiger. Leur animal est en santé, vigoureux, sociable, obéissant et démontre une infinie tendresse pour ses deux humains préférés, Il ressent un attachement profond. C’est réciproque.
Mais ils doivent déménager dans une résidence pour personnes âgées, sans leur bébé poilu. Là se joue un véritable drame, un déchirement sans nom, se muant en sanglots difficiles à entendre. Je l’ai vécu en novembre 2025, devant chercher deux foyers aimants pour Daisy et Maélie : cette situation m’a crevée le cœur, de voir le trio, deux chiens et une humaine, secoués comme une vague déferlante de la séparation définitive.
“Nos animaux de compagnie occupant une place de choix dans nos familles, dans nos quotidiens, dans nos vies, leur départ se veut un événement nécessairement marquant et important auquel tout propriétaire d’animal devra éventuellement faire face. Selon notre personnalité, le lien créé avec notre compagnon ou les souvenirs auxquels il est associé, chacun de nous est exposé à vivre ce deuil de façon unique.
Parce que le départ de notre animal représente un réel deuil, les moments suivant cette perte seront difficiles à vivre et chacun le vivra différemment. Certains auront besoin que l’animal conserve encore une grande place dans leur milieu de vie en y installant son urne, ses jouets ou des photos alors que d’autres effaceront toute trace de son passage. Dans tous les cas, le deuil évoluera et traversera en général quatre grandes étapes qui vous feront vivre toutes sortes de sentiments qu’il vous faudra accepter de ressentir. Le temps pour traverser ces étapes sera différent selon chaque personne, il faut se donner le temps nécessaire.” Ordre des psychologues du Québec, www.amvq.quebec
Après toi, mon compagnon
Notre fidèle compagnon est bien décédé? Il ne m’accueillera plus, se dandinant joyeusement devant la porte, lorsque j’arriverai à la maison? Il ne me suivra plus jusqu’à la toilette? Et n’obéira plus gentiment à la phrase “On vas-tu se coucher”? Je ne me blottirai plus contre lui le soir. Et les moments de camping seront plus ennuyants. Ai-je essayé tout ce qui était en mon possible pour le soigner? Les meilleurs traitements selon mes capacités financières? Je regrette de lui avoir permis de manger de la “nourriture de table” et de lui avoir donné des “gâteries de grande fille”, ce n’est pas bon pour la santé des chiens, le vétérinaire me l’avait dit. A-t-il souffert avant de s’endormir définitivement dans mes bras? A t-elle senti sa mort provoquée, l’euthanasie? Quand il m’a regardé dans les yeux, a-t-il su ce qui lui arrivait? Et ses beaux yeux marrons, qui me regardaient fixement, soutenant mon regard, me remerciaient-ils de l’agréable que je lui ai donné en ma compagnie? Le déni, la colère, la tristesse et l’acceptation. Pour en apprendre davantage sur le deuil animalier, je vous invite à consulter le site Internet de l’Ordre des psychologues du Québec.
Comment je vis le vieillissement de mon animal?
Le temps à passé trop rapidement, comme un éclair. Je n’ai pas vu ses 10 ans venir. Elle aura 11, en décembre et je ressens une nouvelle émotion. Une anxiété de séparation physique avec ma Yansue. Ce n’est pas une angoisse sourde et invalidant mon quotidien, mais quand je la vois, j’y pense davantage. J’hume l’odeur de son pelage, je la serre fortement contre moi. Elle exige des câlins, se couche sur le dos sur moi pour se faire caresser le ventre. Elle me suit presque partout : elle est affectée du syndrome de la permanence de l’objet : si elle ne me voit pas mais m’entends seulement, elle jappe afin que je l’amène avec moi. Et elle gagne à tous les coups. Je serai de la catégorie des inconsolables. Je le dis franchement, je n’accepte déjà pas son départ futur. L’on me dit d’y travailler, mais je n’y parviens pas. Je l’admets humblement et je l’assume pour moi-même. Peut-être, et cela est à souhaiter, que j’aimerai autrement, différemment et créerai une autre relation avec un autre petit être canin merveilleux, Je ne suis pas pressée, ma Yansue est là, toute frétillante, son horloge interne sachant que je m’en reviens bientôt à notre domicile. Son monde. Et le mien. Le nôtre.

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