Vivre à en mourir : À la douleur des peaux de chagrin

Par | Mylène Croteau

“Certes, une telle mort, ignorée ou connue,
N’importe pas au siècle, et rien n’en diminue;
On n’en parle pas même et l’on passe à côté.
Mais lorsque, grandissant sous le ciel attristé,
L’aveugle suicide étend son aile sombre,
Et prend à chaque instant plus d’âmes sous son ombre. (… ) – Victor Hugo, 1836

Vieux ou vieille de nos nombreuses vieillesses. Usés par l’impression que quelque chose nous échappe. Tourmentés par des souvenirs fugaces, réminiscences errant dans les limbes des âmes, comme des œuvres inachevées. Les regrets qui vrillent l’âme, le désespoir qui paralyse la force mobilisatrice pour simplement aller un petit pas vers l’avant.

La détresse psychologique, sournoise hyène ricaneuse, traque ses proies, devenus pantins de douleur, pantins d’amertume. La nitescence s’obscurcit et les pensées génératrices d’espoir deviennent sclérosées. Le corps agonise et l’esprit se dessèche. Naviguant entre deux océans sur une embarcation sans capitaine, les “peaux de chagrin” tanguent au gré d’une lugubre mer de vicissitudes.

Lorsque la douleur devient insoutenable, lorsque la grisaille noie l’être humain, les êtres éprouvés peuvent avoir des visions de la cerbère faucheuse qui leur tend la main. Certains trépasseront, volontairement, vers leur dernier caveau de l’infinie solitude, tandis que d’autres chercheront des ressources afin d’insuffler un vent d’optimiste suffisamment fort pour gonfler les voiles d’une embarcation vacillante. Le suicide peut donc représenter pour certains une alternative libératrice, une issue de secours…sans retour possible.

Comment limiter la portée des ravages générés par la détresse psychologique? Comment faire pousser des fleurs dans les âmes rongées par l’angoisse et l’intolérable tristesse? Comment convaincre les personnes dont les larmes s’égouttent de leur cœur de poser un regard plus lumineux sur ce que l’on appelle la vie?

J’aimerais détenir les réponses aux questions posées précédemment. Comme vous tous, il m’arrive de me parler, mais parfois je ne m’entends pas toujours. Lorsque je réalise que la portée de ma voix n’est pas parvenue à mes oreilles, je me morigène. Et si j’ai la venette de ne pas avoir suffisamment compris ce que je me suis dis en me sermonnant, je trouve une oreille empathique. Deux bienveillantes, c’est mieux.

Pour vous ou pour un de vos proches souffrant de solitude ou vivant une situation inhabituelle et inquiétante, le service gratuit de consultation téléphonique Info-Social 811 est accessible tous les jours de l’année, de jour et de nuit. Des professionnels de la santé évalueront la nature de la demande d’aide, fourniront une réponse individualisée concernant les problèmes identifiés comme préoccupants et orienteront si requis vers la ressource la plus appropriée selon la situation vécue.

Rappelons que des services en santé mentale sont également offerts par des les CLSC : une équipe destinée à la santé mentale chez les adultes accompagne les personnes traversant une période difficile et réfèrent les personnes vers des programmes proposés par des établissements de santé ou des organismes reconnus.

Retrouver un état de joie pour s’ébaudir à nouveau, hausser le niveau d’énergie pour siffler un air guilleret et améliorer les conditions de vie afin de la savourer avec avidité…c’est possible en se confiant à des personnes de l’entourage à qui ont a confiance et en acceptant d’aller cherche le soutien nécessaire.

“J’ai pour toi un lac quelque part au monde,
Un beau lac tout bleu.
Comme un œil ouvert sur la nuit profonde,
Un cristal frileux,
Qui tremble à ton nom comme tremble feuille. (…) – Gilles Vigneault, 1961

Déjouez les mythes sur le suicide
Mieux connaître les préjugés entourant le suicide, c’est une façon d’ouvrir le dialogue et de sauver des vies.

Énoncé 1 | La personne qui pense au suicide ne veut pas mourir | Réalité
La personne qui pense au suicide veut cesser de souffrir et non arrêter de vivre. Ses pensées sont confuses, elle éprouve un sentiment d’ambivalence entre son désir de vivre et celui de mettre fin à sa souffrance.

Énoncé 2 | Se suicider est un signe de faiblesse ou de lâcheté | Mythe
Croire que le suicide est un geste lâche ou courageux se rapporte à des valeurs et des croyances personnelles. Le fait qu’une personne pense au suicide témoigne plutôt de la souffrance et du désespoir qu’elle ressent.

Énoncé 3 | Toute personne qui pense au suicide paraît déprimée| Mythe
La plupart du temps, les personnes qui pensent au suicide traversent une période d’adversité. Cependant, elles ne présentent pas nécessairement des symptômes de dépression. Au contraire, certaines personnes paraissent dures et insensibles, alors que d’autres sont rieuses et énergiques. Ces comportements peuvent cacher une grande détresse et des pensées suicidaires.

Énoncé 4 | Le suicide se produit sans avertissement | Mythe
Souvent, une personne qui pense au suicide manifeste des signes de détresse et traverse des moments critiques (rupture amoureuse, problèmes financiers, etc.). Le geste suicidaire est rarement spontané, mais comme la personne ne se trouve pas constamment dans un état de détresse, certains signes peuvent être plus difficiles à repérer.

Énoncé 5 | Poser la question ou parler du suicide peut encourager le passage à l’acte. Mythe
Demander directement à une personne si elle pense au suicide, ce n’est pas lui suggérer l’idée, mais ouvrir la porte à l’expression de sa souffrance. Lorsque la question est posée, la personne en détresse ressent souvent du soulagement et constate qu’elle peut en parler ouvertement.

Énoncé 6 | La personne qui pense au suicide devrait elle-même demander de l’aide | Mythe
La demande d’aide est aussi efficace lorsqu’elle est initiée par un proche que par une personne en détresse. Cependant, comme la personne qui pense au suicide peut avoir de la difficulté à espérer un changement, il est parfois nécessaire que le proche l’accompagne ou fasse la demande lui-même.

Énoncé 7 | Les personnes qui « menacent » de se suicider veulent attirer l’attention ou manipuler les gens | Mythe
Lorsqu’une personne affirme qu’elle pense au suicide, il s’agit toujours d’un appel à l’aide. Les « menaces » fréquentes peuvent amener l’entourage à banaliser la situation ou à minimiser les propos. Il est important de les prendre au sérieux et d’aller chercher de l’aide.

Énoncé 8 | Il est normal d’être plus déprimé en vieillissant | Mythe
La difficulté à repérer la dépression chez les personnes âgées provient notamment de fausses croyances répandues à propos de la vieillesse qui normalisent la tristesse et la déprime. En adhérant à ces fausses croyances, on s’empêche de reconnaître la dépression comme une maladie et de la soigner.

Énoncé 9 | Toute personne qui pense au suicide est en crise | Mythe
Les idées suicidaires peuvent apparaître à la suite de difficultés touchant les raisons de vivre, mais peuvent aussi se manifester dans un parcours de vie parsemé d’embûches. Certaines personnes peuvent donc avoir des pensées suicidaires sans nécessairement être en crise.

Énoncé 10 | On peut aider une personne en détresse sans être un professionnel en prévention du suicide | Réalité
Au quotidien, nous pouvons tous aider un proche qui vit de la souffrance, entre autres, en sachant reconnaître les signes de détresse, en ouvrant le dialogue et en encourageant la demande d’aide. Il est cependant primordial de respecter ses limites et de soi-même aller chercher du soutien dans cette démarche.

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