“Allomnésie” et Nomophobie: les afflictions téléphoniques marquant notre société

Par | Mylène Croteau

“Allomnésie” : mot inventé par l’auteur de cet article pour désigner un état de fait où la personne attend tellement longtemps au téléphone qu’elle ne sait plus pourquoi l’appel a été logé.

“Allomnésie”
Je dois appeler à l’un des services gouvernementaux. Je me prépare à avoir quelques cheveux blancs supplémentaires à la fin de mon appel, lorsque j’aurai enfin entendu une chaleureuse voix humaine ou une imitation mécanique résonner à tes tympans. Je m’apprête à m’armer de patience pour ne pas trop grincer des dents. Le joie avec la téléphonie moderne, est que l’on ne doit plus faire le pied de grue devant l’appareil, prisonnière du fil qui n’était jamais assez long. On peut travailler, faire notre lessive ou notre ménage, cuisiner et même aller à la toilette pendant que nous attendons les informations souhaitées, le haut-parleur activé.

Je compose le numéro de téléphone. Crapaud de cochonnerie. L’on me demande maintenant si je connais le poste de la personne à contacter ou si je connais les trois premières lettre de son nom de famille. L’on m’invite maintenant à faire le 0 et un téléphoniste me répondra. La déception m’envahit : je devrai patienter, étant condamnée à écouter le joyeux message d’accueil monocorde. J’écoute donc un peu distraitement la musique d’ambiance douteuse que l’on m’impose et les messages préenregistrés piaillant à ritournelle les mêmes phrases programmées. Si les divinités sont clémentes envers moi, l’on ne retrouvera pas ma dépouille gisant inanimée dans son salon, fossilisée dans mon divan ou desséchée sur ma chaise de travail pour avoir en vain attendu que l’on me réponde.

Enfin! Une voix résonne à mes oreilles! Une voix de femme. Décidemment, après avoir vertueusement patienté, j’aurais apprécié entendre une voix masculine au timbre félin. Je soupire néanmoins de contentement et pousse un soupir. Je peux parler à un humain! Et de surcroît, non robotisé! Cependant, dès que la personne commence à me demander en quoi elle peut m’aider, c’est justement le hic… j’avais égaré aux confins de ma mémoire le motif de mon appel et avec quel département spécifique je devais m’entretenir… d’où le néologisme non approuvé par l’Office québécois de la langue française.

Nomophobie
La dépendance au téléphone cellulaire peut être envahissante, à tel point que l’on peut s’en départit, sans quoi, le corps réclame obstinément et avec angoisse l’appareil tant manqué. La nomophobie, appellation récente, est une peur excessive d’être séparé de son téléphone portable, d’en être privé ou de se retrouver sans réseau. Parler devient tellement accessible ou communiquer par messenger ou par texto, que certaines personnes pourraient oublier où elles se trouvent quand vient le temps de répondre à une sonnerie rythmée. Dernièrement, dans les cabinets d’aisance publics d’un centre commercial, une dame faisait tout bonnement la conversation, parlant assez fort, sur son trône temporaire. Elle conversait de délices culinaires, tout en faisant des vents sonores. J’ai tenté de retenir les hoquets de rires coincés dans ma gorge, mais ce fut plus fort que moi, je me suis mise à rire. Utiliser le cellulaire dans un lieu consacré à l’expulsion des surplus digestifs et de plus jaser de plaisirs gastronomiques m’a semblé franchement hilarant.

Et questionnant. Cela ne me semblait pas une urgence. La conversation aura-t-elle pu être reportée de quelques minutes? Doit-on impérativement entretenir des liens en toutes circonstances? Je ne suis pas dans le jugement. Seulement dans une certaine réflexion qui me dit que maintenant, nous souhaitons être rejoints en tout temps. Peu importe. En tout temps!

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