Par Mylène Croteau
Hier soir, Flodora avait un léger mal de cœur et une sourde céphalée, qui avaient commencé bien avant, il y a trois semaines, au début d’aout. Des nausées, de vilains maux de tête, de petits étourdissements, un sentiment d’agitation teinté d’anxiété et de la difficulté à trouver le sommeil.
Le jour « J », Flodora exécute les mouvements habituels constituant de sa routine matinale, mais avec beaucoup plus de nervosité qu’il y a deux mois et demi, presque. Elle a 12 ans, Flodora, pratiquement 13, mais dans sa tête, elle se sent toute petite, minuscule, intimidée par cette nouvelle école plus grande que la précédente, où il y au plus de personnes la fréquentant que son école primaire sise dans un village.
Un établissement scolaire dans la grande ville, ou enfin, dans une municipalité plus grande que celle où elle habite. Ce qui fait une différence, pour une Flodora pas si grande dans sa tête, pas encore tout à fait prête à être propulsée dans un autre univers, fait de grandes têtes et de grands corps, elle qui est plutôt menue.
Car elle est une grande fille, une jeune préadolescente, qui désormais devra fréquenter un établissement scolaire où plusieurs paires d’yeux la regarderont, l’examineront et l’évalueront, probablement, même. Comment réagir aux regards ou à leur absence? Se faire plus discrète qu’un souris? Longer les murs en espérant qu’ils effacront son ombre? Ou se faufiler entre les autres élèves, sans les heurter, sans les déranger?
En ce jour fatidique marquant la fin des vacances scolaires estivales, Flodora se sent envahie d’un sentiment de désarroi, se demandant si elle se fera de nouveaux amis.e.s et si ses camarades de classe seront aimables, pas turbulents et qu’ils ne la remarqueront pas. Car elle veut se sentir invisible Flodora, étant très timide.
Même si ses parents se sont faits rassurants, réconfortants, sa rôtie matinale habituelle ne passe pas : l’estomac veut se révulser. Pas plus que son verre de jus d’orange, que sa gorge s’amuse à bloquer. Ses mains sont un peu moites, ce qui ne lui ressemble pas. Elle prend son sac à dos en soupirant longuement et se rend à l’arrêt d’utobus. Elle sait où est la Polyvalente, elle l’a visitée, mais n’est pas rassurée.
Des scénarios se bousculent dans sa tête : « Va-t-on m’apprécier? Vais-je être la cible de moqueries? Vais-je trouver quelqu’un avec qui m’asseoir, dans l’autobus? Vais-je trouver mon casier, ma classe, les toilettes? Avec qui vais-je manger ce midi? »
Elle se faufile discrètement parmi les 6 jeunes de 12 à 16 ans attendant comme elle l’autobus. La journée de Flodora sera longue puisque son cerveau se complait à imaginer des scénarios vraiment catastrophiques pour une première journée à la Polyvalente. Oubli de la combinaison de son cadenas, recherche des salles de cours ou des toilettes et seule pour le diner, les récréations. Et à la fin de la journée, elle n’aura adressé la parole à quiconque. Décidemment, si cette journée se déroule telle qu’imaginée, elle sera une lamentable odyssée.
Elle embarque dans l’autobus qui la mène à son lieu de calvaire imaginé. Heureusement, la personne avec qui elle partage le siège est plutôt agréable, bavarde et gentille. Et de surcroît, de son âge. Presque 13 ans, comme elle. Ce qui détend immédiatement Flodora, qui a oublié qu’elle se rendait à la Polyvalente.
Le trajet de 20 minutes qui devait paraître une éternité s’est rapidement terminé. Elle a suivi sa nouvelle camarade, qui comme elle, cherchait une jeune fille amicale pas si grande dans sa tête. pour affronter cette première journée à “l’école des grands”. Accompagnée d’une probable amie, Flodora se sent davantage confiante, car elle connaît une autre personne qui comme elle, appréhende vivement l’entrée à l’école secondaire.
Mais tout de même assez grande pour terminer cette première journée avec fierté, catapultée dans le monde des préadolescent.e.s et adolescent.e.s qui lui réserve plusieurs découvertes sur elle-même et ses capacités à faire face à de nouvelles aventures.
Une excellente et joyeuse rentrée scolaire à toutes les Flodora qui débuteront un nouveau chapitre de leur parcours scolaire : la Polyvalente!
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