Le 1er juillet, Journée du déménagement : Un phénomène social, au Québec?

Par | Mylène Croteau

Avant, c’était le 1er mai, pour les baux résidentiels, en vertu du Code civil du Canada (1866, articles 1608 et suivants) après, ce fut le 1 juillet, par une Loi modifiant le Code civil et créant la Régie du logement (devenue Tribunal administratif du logement) sous le gouvernement de Robert Bourassa, en 1974.

La date officielle des baux, fixée auparavant au 1er juillet, représentait une réelle problématique pour les familles, les enfants devant changer d’école à la mi-parcours du trimestre printanier. Pour rectifier cette situation fort déplaisante, la Loi Bourassa a modifié les règles pour permettre aux propriétaires et aux locataires de convenir ensemble de la date d’échéance.

Par une mesure transitoire, les baux qui devaient se terminer le 1er mai 1975 ont été prolongés jusqu’au 30 juin. Cette prolongation a été une bénédiction pour les familles qui pouvaient soupirer de soulagement…deux mois supplémentaires advenant le cas où elles devaient plier bagages pour s’établir dans un autre quartier ou localité.

Ainsi, au Québec, naquit ce que l’on nomme la “Journée officielle des déménagements”! Ce nouveau point d’ancrage culturel a rapidement été accolé aux pizzas, au poulet frit, aux poutines, aux boissons désaltérantes (boissons gazeuses et bières), aux camions de déménagement et aux anecdotes reliées notamment aux aléas de Dame Météo, spécifiquement le 1er juillet.

En effet, qui ne se rappelle pas, un 1er juillet, avoir transporté bacs, boîtes, meubles et sacs, la pluie tambourinant sur vos têtes? Un divan, qui bizarrement, ne passe plus dans l’embrassure du salon, le temps venu, pour le hisser dans le camion de déménagement ou “trailer”.

Ou, une boîte qui tombe avec fracas, brisant la vaisselle, une télévision mystérieusement égarée et des vêtements qui ne sont pas dans la valise où ils devraient être pliés. Pire, encore, un camion de déménagement qui arrive en retard ou qui ne vient pas, des paires de bras en moins, s’étant désistés à la dernière minute. Les frasques du 1er juillet pourraient en faire un véritable festival d’anecdotes à saveur tantôt acidulée, carrément salées ou pimentées!

Qu’à cela ne tienne, les déménagements, au Québec, se finissent souvent par “une bonne frette (bière)” et une grosse pizza toute garnie. Selon les goûts.

Le 1er juillet et la culture populaire

Dans Bonheur d’occasion, Gabrielle Roy décrit l’ambiance frénétique de la journée du déménagement dans le quartier Saint-Henri de Montréal. “Une fois par an, il semblait bien que le quartier, traversé par le chemin de fer, énervé par les sifflets des locomotives, s’adonnait à la folie du voyage et que, ne pouvant satisfaire autrement son désir d’évasion, il se livrait au déménagement  avec une sorte d’abandon contagieux.”

En 1972, Pauline Julien interprète une chanson de Robert Charlebois et de Réjean Ducharme, intitulée Déménager ou rester là?

Le film Premier juillet est une comédie québécoise de 2004 réalisée par Philippe Gagnon, laquelle met en scène les mésaventures de trois ménages (pas nécessairement des familles) qui déménagent durant cette période de l’année.

Dans la série télévisée crée par Martin Forget, Pure Laine, jouée de janvier 2006 à mars 2007, à l’épisode Le déménagement, l’on se moque de la coutume québécoise de déménager tout le temps, même à deux pas de chez soi, et aussi toujours le même jour de l’année.

Le 1er juillet et ses dessous 

La gestion des déchets et des encombrants
La journée du 1er juillet est le signe de déménagement pour plusieurs personnes, et qui dit déménagement, dit aussi ordures. En moyenne 60 000 tonnes d’ordures ménagères, d’objets encombrants, de résidus de construction, de rénovation et de démolitions résidentielles se ramasseront sur le rebord des rues et trottoirs, et, ce, davantage dans les grandes agglomérations urbaines comme Montréal ou Québec. Les grandes villes comme Sherbrooke ou Trois-Rivières, ne sont pas épargnées (Grande fin de semaine de déménagement, archive de Radio-Canada, 30 juin 2012). Avec les années, la ville a ouvert sept écocentres dans la région de Montréal ; ils peuvent accueillir les gens pendant toute l’année. Ces centres de recyclage sont même ouverts le fameux jour « J », malgré le fait que ce soit un jour férié, dans le but de récolter et recycler le plus d’objets possibles et ainsi éviter l’enfouissement de millier d’objets et l’encombrement des rues (Philippe Bourdon, “Mine d’or pour les magasins”, Le Journal de Montréal, 30 juin 2012).

Les bris locatifs intentionnels non déclarés 
Bien que la gestion des ordures et des matières récupérables puisse être un problème le 1er juillet et les journées suivantes, une répugnante surprise peut se révéler tant aux nouveaux locataires qu’aux propriétaires : la malpropreté du loyer et / ou une attaque à l’intégrité physique du lieu (murs brisés, salis, toilette dysfonctionnelle, bain bouché, etc). L’état du logement peut devenir une préoccupation choquante, décevante, incompréhensible, voire enrageante même. En 2012, l’Association des propriétaires du Québec estimait qu’un locataire sur trois avait laissé son appartement dans un état lamentable: portes, planchers ou murs brisés, détritus laissés dans les appartements, clefs qui n’ont pas été remises au propriétaire, ou tout simplement meubles laissés sur place. Qu’en serait-il de cette statistique en 2026? La donnée n’est pas accessible, trop récente.

Les animaux de compagnie, malheureux champions de l’abandon
Dans la semaine précédant celle du 1er juillet, l’abandon d’animaux de compagnie est nettement à la hausse, triste constat pour les chats, chiens, hamsters, oiseaux ou rongeurs qui deviennent des encombrants dans le nouvel environnement de leur référents humains. En 2007, la Société protectrice des animaux de Québec mentionnait que le nombre d’appels pour animaux abandonnés doublait à cette époque de l’année (Éric Boucher, “Les animaux éternels abandonnés du 1er juillet, Québec Hebdo, 2007). Qu’en est-il des deux dernières années?

En 2024, une hausse marquée des abandons animaliers a été observée à la Société protectrice des animaux (SPA) de Québec: pour la période janvier à juin  2024, le nombre des abandons est passé de 1534 en 2023 pour atteindre 1559 en 2024. Par ailleurs, en 2023, dans la semaine précédant le 1er juillet, 65 animaux de compagnie ont été déposés à la SPA de Québec, comparativement à 80 à 2024.

Habituellement, dans la période pré-déménagement et post-déménagement, la Société protectrice des animaux (SPA) de l’Estrie peut accueillir en moyenne une dizaine de nouveaux pensionnaires poilus, par jour, surtout des chats, mais quelques chiens aussi. Ce qui ne fera pas exception en 2026.

Le portrait n’est pas plus amical pour la Société protectrice des animaux (SPA) de Drummond, où, suivant la journée des déménagements, elle peut afficher un taux d’occupation allant jusqu’à 90 % en raison notamment d’une augmentation des abandons.

Sur une note moins triste, des photos de déménagement.

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