Par | Mylène Croteau
On en a tous un. C’est indéniable. Sinon, comment nous reconnaître, que de dire, Flodora, fille de Tancrède? Long à écrire, sur une carte officielle (assurance maladie, passeport, permis de conduire)!
Certains noms de famille ont traversé les océans et les mers. D’autres ont traversé la frontière des États-Unis. D’autres, proviennent de sobriquets (Lajeunesse, Legrand, Lejeune, Lemieux, Sanschagrin, Sansoucy, etc), de déformation de l’anglais vers le français (Baker, Bean, Flagg, etc) ou même de l’emprunt d’un métier ou même d’éléments de la nature (Boisvert, Dubois, Laframboise, Latulippe, ect) de la nature. Dans les cas les plus rares, le nom de famille d’origine a été déformé par les agents des terres lors de la concession de lots ou par les représentants religieux qui écrivaient “au son” un nom de famille plus singulier, de nature acadienne ou autochtone, par exemple.
Les noms de famille selon le rang (extrait) (1)
Selon l’Institut de la statistique du Québec, dans une étude produite en 2006, les vingt (20) premiers noms de famille les plus répandus au Québec, sur 1000, étaient les suivants. Ainsi, Tremblay, Gagnon, Roy, Côté, Bouchard, Gauthier, Morin, Lavoie, Fortin, Gagné, Ouellet, Pelletier, Bélanger, Lévesque, Bergeron, Leblanc, Paquette, Girard, Simard et Boucher trônent au palmarès des vingt premiers de noms de familles rassemblant le plus d’individus, au Québec. Vingt ans plus tard, ces données seraient encore valides.
Toujours en 2006, sur 1000 noms de famille, les vingt derniers, soit les positions 980 à 1000, étaient les suivants : McDuff, Daraiche, Hervieux, Pinsonneault, Forcier, Juteau, Frigon, Lemoine, Ferron, Carle, Hogue, Loranger, Lam, Guérette, Grant, Deraspe, Soulières, Sauriol et Doiron, avec chacun, une représentation dans la société québécoise de moins de 0,016 %. Ce qui explique pourquoi Avoine, Cauchon, Chaudron, Couteau, Cinq-Mars, L’archevêque, Venable ne se trouvent pas dans le document de 169 pages de Louis Duchesne : ils affichent un pourcentage inférieur à 0,010%.
Des noms de famille issus de traductions douteuses ou littérales (2)
Le journal La Tribune du 30 octobre 1896 fait mention de changements de noms de famille par des Franco-Américains établis aux États-Unis, lesquels les traduisent pour mieux s’intégrer à la population anglophone. La Tribune exhorte ces compatriotes canadiens-français à conserver leur nom de famille de souche, bref, de les écrire comme il se doit, “en bon français”, dans la fierté d’un “acte patriotique”. Ainsi, ils éviteront des pertes importantes dans les règlements éventuels de succession.
Voici un échantillon de traduction de noms de famille francophones vers la langue de Shakespeare:
- Archambault devenu Shamboo
- Beauchamp devenu Fairfield
- Bélanger devenu Baker
- Benoît devenu Benneway
- Boivin devenu Drinkwine
- Courtemanche devenu Shortsleeves
- Cournoyer devenu Dyrwood
- Labonté devenu Goodness
- Fontaine devenu Fontain Spring
- Lefebvre devenu Bean
- Laflèche devenu Flagg
- Lapierre devenu Stone
- Marcheterre devenu Sidewalk
- Nault devenu No
- Noël devenu Christmas
- Petit devenu Small
- Racine Root
- Roy devenu King
- Simard devenu Six Dead
- Tétreau devenu Tatro
Des noms de famille issus de métiers (3)
“On ne peut pas déterminer d’après un nom quelle est son origine. Il faut remonter la lignée. L’origine est parfois associée à l’activité [de la première personne de la lignée], mais pas toujours. Le premier Meunier au Québec est une déformation phonétique, pas un homme qui exerçait le métier de meunier“, précise la coordonnatrice de la Société généalogique canadienne-française, Dominique Ritchot.
Plusieurs noms de famille fréquents en France proviennent directement de métiers exercés en France ou en Nouvelle-France. En voici quelques-uns :
- Bergeron : dérive de berger, le gardien de troupeaux de moutons
- Boucher : vient du métier de boucher (qui abat et / ou vend la viande)
- Lécuyer : vient de l’écuyer, à l’origine le jeune homme qui portait l’écu d’une chevalier avant de désigner une fonction
- Meunier ou Lemeunier : provient du meunier, celui qui dirige un moulin à grains
- Pelletier : vient du pelletier, l’artisan qui travaille les peaux et les fourrures
- Sabatier ou Savard : variantes liées au sabotier, celui qui fabriquait les sabots en bois
(1) DUCHESNE, Louis (2006). Les noms de famille au Québec: aspects statistiques et distribution spatiale, Institut de la statistique du Québec, 169 p, Web
(2) PROVENCHER, Jean (2014). Les Quatre Saisons, Jean Provencher, Web
(3) Web
- Le Québec et les noms de famille : issus de déformations, de métiers, de qualificatifs ou de sobriquets, notamment - 30 septembre 2026
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