L’Humeur buissonnière

Il y a des hasards parfois… Il y en a tout le temps. Des rendez-vous qu’on ignorait avant qu’ils se produisent. Certains sont plus heureux que d’autres. Certains me ravissent, alors qu’ils seront jugés trop ceci ou pas assez cela par d’autres. L’art n’est pas une loi universelle et, bien que son but premier ne soit pas a priori de plaire, il faut quand même une captation, un arrêt sur image qui va droit au cœur.

C’est l’effet que m’a procuré le visionnement du film d’Agnès Varda et JR intitulé Visages Villages. Je ne l’attendais pas ce film. J’ai ouvert la télé et il était là. Un documentaire qui se donne ici et là des allures de fiction tout en reprenant son naturel au galop. Dès le départ, le projet est annoncé comme le résultat d’une rencontre spontanée, dont le but, répondra Varda à la question d’un des protagonistes, est de représenter le pouvoir de l’imagination. Vous vous en doutez, l’idée me plaît, et il faut savoir qu’on a affaire à deux professionnels aguerris des images et des humains.

Varda et JR, l’une est une cinéaste de 88 ans et l’autre, un photographe trentenaire au moment du tournage. La proposition du film bien sûr me séduit aussi : aller à la rencontre des personnes et des villages à travers la France. Une France rurale si merveilleusement intacte par moments. Mais au-delà du décor, de la démarche, et même des œuvres éphémères réalisées le long de leur parcours, ce qui m’interpellait, c’est leur réciprocité, leur complicité sans complaisance, leur vérité qui s’affichaient à l’écran comme un discours vaguement impudique. Voilà, et mon petit côté voyeur, je l’avoue, en profitait un peu. Tout en comprenant bien que rien ne m’était dit ou montré qui n’ait été choisi et décidé par leurs auteurs. Car je le mentionnais, ce sont des professionnels. Au même titre ai-je envie d’ajouter qu’une infirmière, un chercheur, un botaniste ou une enseignante… bon, la liste serait longue.

Un arc-en ciel sur les pavés, mai 2019. Photo par Dyane Raymond

Je me suis fait la même réflexion en entendant la chorégraphe Marie Chouinard lire un texte à l’émission Plus on est de fous, plus on lit à Radio-Canada l’autre jour. Ses mots et ce qu’ils exprimaient étaient simples, sans fioritures, mais contenaient aussi une puissance évocatrice qui dépassait largement le cadre d’un show de radio ; ils avaient, pour moi, le poids d’une vie de labeurs, de réflexions, de recherches, d’actions. Et plus encore que le propos, c’est cela qui m’a émue : cette force de travail et d’être que les artistes déploient pour exister, pour donner, pour vivre et survivre.

Alors, oui, donc, j’ai adoré ce film, et si vous tombez dessus, par hasard ou pas, un de ces jours, on pourra s’en parler.

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