La pêche au posé ou au fond et ma gracieuse relation amicale avec l’appât ver de terre

Par | Mylène Croteau

Pêche récréative ou sportive. Je préférais la récréative, avec mon père, me laissant ballotter par le clapotis de l’eau ou une presque vague qui n’en était pas une. Pour mon père, les techniques variaient, selon le plan d’eau et l’espère recherchée. La pêche à la ligne (lancer / leurre), à la traîne, ou au coup m’étaient favorables. Tant que je ne manipulais pas un appât naturel, je profitais gaiement du début de la soirée, légère brume montante, concentrée sur ma tâche : heureusement, pas celle de nourrir les membres de ma famille, mais de flatter un certain orgueil : celui de ramener un poisson “digne de ce nom” (pas un mené) que j’aurai extirpé de son état naturel, l’eau.

Quant à la pêche au posé ou à fond, elle me posait un véritable problème : celui de devoir prendre un lombric tout poisseux, communément appelé ver de terre, serpentant entre mes doigts et bougeant de façon disgracieuse. Ces annélides terrestres fouisseurs sont indispensables aux écosystèmes, améliorant la structure et la fertilité des sols, je le reconnais. Ceci est documenté, donc prouvé. Mais le fond de ma main n’a nul besoin d’aération, de drainage, pas plus qu’être brassé ni fertilisé, mandats de la dite bibitte répugnante.

Je devais donc enfiler le ver de terre sur un hameçon, transperçant son longiligne corps dodu ou moins grassouillet. Même en le piquant, la “bête” n’en avait pas finie avec moi : elle laissait dans ma main une trainée d’une substance dégoutante. Allez, au fond de l’eau petit lombric et attend qu’un poisson tout bêta ne vienne à ta rencontre! Vous pouvez imaginer que la majorité du temps, mon leurre n’était pas très séduisant pour un poisson affamé. Je le comprends : juste à voir ce truc flotter avec la grâce d’un éléphant dans un magasin de porcelaine, dans l’eau, le spectacle n’est pas appétissant. En tant que poisson, j’aurais probablement attendu un repas plus, disons, plus joli!

Prochaine étape? Sortir l’hameçon et retirer le ver de terre qui parfois bougeait encore un peu. Quelle vive répulsion je ressentais! Alors, sous le regard un peu ahuri de mon père, qui à chaque fois soupirait certainement un brin de mécontentement, “j’échiffais” littéralement le repas non convoité du poisson sur une roche, afin de le décrocher du hameçon. Ce qui fonctionnait, une fois sur deux, je dirais. Mon père devait alors terminer ma besogne mal faite. Le lombric, désormais défunt, gisait en quelques morceaux épars sur la roche.

Pour revenir aux vers de terre, quand même, je dois leur rendre un certain hommage pour tous ceux partis trop tôt pour servir d’appât à mes séances de pêche récréative… 

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