Par | Mylène Croteau
Annik Grimard fait partie de ces femmes qui sont à l’aise d’enfiler des bottes en caoutchouc et d’épais manteaux conçus pour aller à la chasse. Depuis onze ans, dès le mois de juin jusqu’à la fin de la période autorisée de chasse, elle s’affaire à préparer le terrain et ses équipements en vue de pouvoir déguster de la bonne viande biologique de chevreuil et de perdrix.
Selon le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP) près de 15% de l’ensemble des chasseurs québécois sont des femmes Elles représenteraient environ 36% des participant.e.s aux nouvelles formations liées à cette activité et au maniement des armes à feu, selon le rapport la Fédération des chasseurs et pêcheurs (FédéCP) (1).
Ses débuts
La chasse, tout comme la pêche, c’est une affaire de famille puisque son père, un oncle et une tante pratiquaient ces activités sur les terres familiales. Plus tard, initiée
par son premier conjoint, Annik a appris les techniques, trucs et astuces à appliquer pour attirer le gibier tant attendu. “Je chasse uniquement pour me nourrir et nourrir ma famille. Je ne cherche pas de trophée, car ça demande beaucoup d’heures dans le bois à attendre, à moins d’être très chanceux. Étant mère de deux jeunes enfants, ma priorité est de me dépêcher à régler ma chasse pour retourner m’occuper des miens à la maison », de préciser la dame chasseuse. Mais pourquoi braver un temps frisquet et l’humidité à attendre la bête patiemment, immobile, sans faire de bruit alors que les marchés d’alimentation offrent de elles coupes de viande? Elle répond avec enthousiasme : “Cе que j’aime de la chasse est le retour aux sources. Elle fait tout simplement partie de mon mode de vie à la campagne, moi qui aime aussi cueillir, jardiner et cuisiner. Se nourrir de viande biologique, élevée 100% en liberté est un privilège.”
Onze ans plus tard, l’émérite chasseuse fait différemment
En 2020, à la suite de la séparation d’avec son conjoint, Annik dû faire face à un dilemme: cesser la chasse, car elle ne préparait pas elle-même ses lieux d’appâtage (spots), ou aller de l’avant avec les connaissances et les compétences acquises, tout en demandant des conseils avisés à des membres de sa famille ou à des amis. Ce qu’elle fit: elle s’est acheté une arbalète et a entretenu patiemment et vaillamment son nouveau “terrain de jeu gourmand”. Les résultats ne se firent pas attendre: le délicieux gibier affamé s’est laissé gâter le gosier. La chasse fut courte et fructueuse. Désormais, Annik est indépendante: elle ne fait pas que traquer et abattre sa proie, elle assure également la préparation de sa saison. Chassant en solo ou en duo avec son nouveau compagnon, elle préfère toutefois préparer seule ses terrains, ce qui lui procure une immense fierté.
Ce qu’Annik préfère de la chasse
“J’aime pratiquement toutes les étapes de la chasse sauf l’attente du gibier et me faire geler dans le bois. Ceux qui me connaissent savent que le fait d’attendre n’est pas ma grande force, mais je le fais. C’est palpitant de voir le chevreuil se diriger vers le spot de hasse. Là, la partie commence, on a l’adrénaline dans le tapis, le cœur bat à toute vitesse dans la poitrine. On doit s’aligner du mieux qu’on peut sans faire de bruit ou de mouvements brusques qui pourraient l’effrayer. On débarre notre arme, on regarde dans le télescope et, si nécessaire, on attend que le gibier se positionne dans un angle de tir mortel. Après, on fait feu.”
Même si elle chasse le cerf, cette entrepreneure apprécie que plusieurs perdrix nichent chez elle. II y a six ans, en moins de quinze minutes, l’une après l’autre, trois perdrix ont décollé d’un arbre sis sur son terrain. Avec sa carabine de calibre 22, elle a atteint la première, la deuxième, puis la troisième. Elle a remercié les bêtes pour leur sacrifice nourricier, rituel qu’elle fait avec sérénité.
(1) www.environnement.gouv.qc. ca et fedecp.com



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