Par | Mario Dufresne
Pour son huitième roman, André Jacques sort quelque peu de l’univers dans lequel il nous a habitués, où son héros se balade d’un continent à l’autre au gré des intrigues. Cette fois, Alexandre Jobin ne quittera pour ainsi dire pas Montréal. Et pour cause.
La femme de sa vie, celle qui compte le plus pour lui, a été sauvagement battue et laissée pour morte dans le parc, face à son domicile. Encore là, la description de l’agression, qui emprunte au style direct et visuel, qui se rapproche du cinéma (n’a-t-il pas déjà enseigné le cinéma) crée un moment de très haute tension. Chrysanthy est-elle en train d’agoniser sous nos yeux? On a tout à coup l’impression d’en être les témoins impuissants. « La giclée du sang écarlate sur le blanc de la neige. D’autres coups encore. D’autres douleurs. On s’acharne. Quelques images décousues… Puis le silence… la neige rougie et le noir. » Et nous ne sommes seulement qu’au début. Le prologue.
Et c’est par la suite que commencent les jeux d’ombres. Ces jeux qui, paradoxalement, ont besoin de la lumière pour exister. S’ensuit également une course contre la montre. Chrysanthy est vivante, mais pour combien de temps? Et si elle survit, parviendra-t-on à la sortir du coma?
Car il faudra bien voir ce qui se cache derrière l’écran. Qui tire les ficelles? Et par-dessus tout, pour Alexandre : POURQUOI? Et elle seule pourra répondre à cette question.
Toutefois, n’allez pas croire que l’auteur de Beaulac-Garthby s’est désolidarisé des personnages qui l’ont accompagné au gré des intrigues passées. Jobin tient toujours sa boutique d’antiquaire, boit son Glengarry et fume. Pavie, sa fille, ne sort jamais sans son couteau, dont elle n’hésite pas à faire usage si nécessaire. Son ami le docteur Saint-Amant lui sera plus que jamais d’un grand secours. Rainville, le journaliste fouineur et renseigné qui a toujours une longueur d’avance. Sans oublier les divers corps de police qui souhaiteraient tous le voir hors d’état de nuire. Car, comme le suggérera le lieutenant Latendresse qui rêverait d’envoyer Jobin quelque part, le plus loin possible :« …Jobin, chaque fois qu’on te croise quelque part, y a des emmerdes qui s’enclenchent et des cadavres qui s’accumulent au sol. »
Plus on avance et plus l’histoire devient complexe, entraînant progressivement les lecteurs dans un milieu sombre, fait de secrets, de tensions et de zones grises.
Au fil des pages, à mesure qu’entrent en scène les nombreux joueurs de cette histoire jonchée de cadavres, les pistes se multiplient, les certitudes s’effritent et le doute s’installe. Qu’est-ce qui réunit là-dedans, la mafia italienne, un oligarque russe que tout le monde craint ou les services secrets du Canada? Pourquoi s’intéressent-ils tant à ce qui aurait pu n’être qu’un simple fait divers? Qu’a aussi à y voir la bande de motards criminalisée dont Pavie est demeurée proche? Et ce prestigieux cabinet d’avocats… quels sont ses intérêts? En fait, on se rend compte que tout le monde est responsable de ce qui s’est passé. Fini les bons et les méchants. Jobin le sait. Et même s’il n’est pas tout à fait seul, les personnes sur qui il pourra compter sont rares.
Et, sur le plan de l’écriture, à proprement parler, André Jacques est en pleine possession de ses moyens, pour utiliser un cliché.
Le style qu’il adopte est fluide et efficace, chaque mot y trouve son sens. Une écriture chirurgicale pour un polar qui se déroule en partie à l’hôpital.
- En ce 26 septembre, j’ai pris le “Dernier train” de Line Grenier pour aller aux Journées de la culture à Disraeli en faisant mon “Petit bonhomme” de chemin avec Jacynthe Bourgault - 26 septembre 2026
- Course sur route : Les maîtres Gaulois débutent la saison en lion - 24 septembre 2026
- Élections au Québec : Circonscription de Mégantic, Sylvain Houle - 24 septembre 2026
Le Cantonnier – Journal communautaire : Disraeli, Coleraine Un journal communautaire qui nous rassemble

