Et tel est cru défunt qui n’en a que la mine : Être enterré vivant

Par | Mylène Croteau

Le retour possible des défunts nous taraude depuis la Préhistoire, où l’inhumation y était pratiquée, également pour empêcher les charognards de grignoter le corps de nos chers défunts. La question du passage de vie à trépas, de la possibilité du retour des défunts, nous turlupine, et ont créé des mythes décrivant l’existence de non-morts, comme les vampires.

La médecine moderne ne peut se tromper : un décès est bel et bien constaté en l’absence de pouls, de battements de cœur. Un mort est bien un cadavre où il n’y a plus rien de fonctionnel, de vivant, sur le plan physiologique et cognitif. Or, dans les années 1700 et 1800, même jusque dans les deux premières décades des années 1900, un décès pouvait être confondu avec un état comateux ou cataleptique : des personnes encore en vie se sont ainsi retrouvées six pieds sous terre. Certaines ont été sauvées in extremis, mais les autres sont passées de vie à trépas dans leur propre sépulture, comme le démontrèrent des exhumations pratiquées après coup. Ceci explique des rites funèbres comme la veillée du corps, qui vit des cas de réveil soudain du présumé décédé.

Une pratique cruelle : être enterré vivant
Réservé aux criminels tout acabit, ce traitement particulier consistait à enterrer des personnes vivantes afin de les punir de leurs actes frauduleux ou meurtriers, qu’ils soient présumés coupables ou pas. Certaines personnes ainsi emmurées dans le “caveau de leur dernière solitude”. L’anxiété dévorante et le manque d’air rendait probablement ces personnes comateuse avant de s’endcormir définitivement.

Être emmuré vivant : Le reclusoir
Parmi les personnes mises vivantes au tombeau, une première catégorie regroupe celles qui sont conscientes lors de ce processus, mais réalisé contre leur volonté. Les motifs en sont une exécution judiciaire, des persécutions ou exactions (durant des conflits) et le crime. La personne est placée dans une niche qui est murée, ou enfermée dans un tombeau, sans nourriture. Une lente agonie souffrante attendait ces malheureux.

Être enterré à la verticale, la tête sortant du sol
Plus rare, mais déjà pratiqué, l’enterremnent d’une personne à la verticale en ne laissant dépasser que la tête constitue une forme abominable de fin de vie. Elle périssait de soif, de faim, d’insolation, grignotée par les bêtes féroces, voire même lapidée. Ce supplice était d’usage en Sibérie. Il a également servi pour des exécutions collectives, durant la guerre de Quatre-Vingt Ans entre Espagnols et révoltés néerlandais, ou lors de persécutions religieuses comme le rappellent des récits de martyres.

Être enterré inconscient : La mort apparente
Quand une personne est enterrée involontairement car considérée comme morte, on peut parler de mort apparente. Les enterrements précipités sont plus fréquents lors de grandes mortalités comme les épidémies ou les conflits. Il faut alors enterrer rapidement un grand nombre de corps, de façon sommaire, et des méprises se produisent. Lors des conflits, il faut souvent creuser des fosses communes pour éviter de laisser les cadavres pourrir sur le champ de bataille. Des blessés, laissés pour morts, sont ainsi enterrées précipitamment.

Les signes de la mort et les moyens de la constater
Des avis de décès dévoilent des cas de personnes déclarées mortes, puis revenues à la vie peu après. Pour éviter de telles situations, les morts n’étaient pas enterrés immédiatement mais veillés par leur famille, pour leur rendre les derniers hommages, mais aussi vérifier qu’ils ne se réveillaient pas. Au début du XVIIIe siècle, 3 à 4 % des testaments parisiens demandent que le corps soit exposé suffisamment longtemps à cette fin. Les dispositions testamentaires pouvaient être plus énergiques, comme Elisabeth d’Orléans qui demande ainsi, en 1696, qu’on donne deux coups de rasoir à son cadavre sous la plante des pieds pour s’assurer de son décès. Dans son testament, Alfred Nobel demanda qu’après sa mort, on lui coupe les poignets et que son corps soit brûlé.

Comment constater le décès officiel?
La médecine s’est penchée sur le constat du décès. Il convenait premièrement de définir la mort et d’en reconnaître les manifestations : visage exsangue, yeux excavés, joues affaissées. L’insensibilité du corps a longtemps été considérée comme caractéristique du décès, alors qu’elle peut être provoquée par des endorphines. Le chirurgien Larrey a utilisé un miroir placé devant la bouche du présumé mort pour vérifier le dépôt de buée, signe de respiration. De la salive ou de la mousse de savon placées sur la bouche ou les narines ont aussi servi à repérer ces signes de respiration.

Eugène Bouchut, dans son Traité des signes de la mort et des moyens de prévenir les enterrements précipités 4, déclare que la pupille de l’individu à l’agonie est contractée tandis que celle du mort est dilatée. Une tache apparaît également sur l’œil plusieurs heures après le décès. Séverin Icard utilise la fluorescéine  pour constater l’arrêt de la circulation. Ce colorant vert, utilisé en karstologie pour repérer les circulations d’eau souterraines, sera amené dans les yeux rendus ainsi verts si le sujet est encore vivant et que son sang circule encore dans ses veines. À la fin du XVIIIe siècle, l’électricité 5 est proposée pour constater le décès, en pleine époque du galvanisme et du mesmérisme. La chimie est également convoquée. Le même Icard décrit ces morceaux de papier ou de métal, placés sous les narines du mort après avoir été imbibés de réactifs qui changent de couleur au contact de gaz sulfurés dégagés par la putréfaction du corps.

Sources : Web et https://histoirebnf.hypotheses.org/

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