Par | Mylène Croteau
Une trajectoire scolaire impressionnante
Au Québec, devenir psychiatre est une véritable odyssée intellectuelle et un parcours académique dont la persévérance est le maître. En effet, il faut compter entre 11 et 12 ans d’études postsecondaires après le Cégep pour être enfin psychiatre. Deux ans de Cégep, généralement en Sciences de la nature, un doctorat en médecine (4 à 5 ans selon l’université, incluant les études précliniques et l’externat en milieu hospitalier) de même que la résidence en psychiatrie pendant 5 ans, où une formation spécialisée doit être reconnue par le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada et du Collège des médecins du Québec.
Pénurie alarmante de psychiatres au Québec
Bien qu’ils soient plus de 1300 qui exercent principalement dans les hôpitaux aux côtés d’équipes multidisciplinaires, le manque de ces spécialistes est criant et peu rassurant pour les personnes ayant besoin de les consulter, qu’elles soient en situation de crise ou non.
La province fait face à une grave pénurie de psychiatres dans le réseau public de la santé. Entre 200 à 250 sur 1300 ont déserté pour s’exiler vers les cabinets privés hors des centres hospitaliers, délaissant souvent les cas exigeant une prise en charge plus importante ou les “cas lourds” (schizophrénie, troubles envahissants du développement, troubles de la personnalité, etc) et les gardes pour des clientèles ayant des besoins plus légers.
Environ 70 ou 11,8% des postes sont vacants dans le réseau public, avec des disparités régionales plus marquées, dans les plus petites régions, comme celle des Appalaches. La province ne forme que 30 à 40 finissants en psychiatre par année, ce qui ne suffit évidemment pas à combler les départs à la retraite et les besoins croissants.
Bobos au corps et aussi à l’âme
Il semblerait aussi difficile d’obtenir un rendez-vous avec un cardiologue, un chirurgien, un dermatologue, un gastro-entérologue, un neurologue, un ophtalmologiste, un orthopédiste, un psychologue ou un psychiatre. Auparavant, à la blague, nous disions que prendre un rendez-vous chez le vétérinaire irait plus rapidement pour régler les bobos des humains. Or, même nos animaux de compagnie doivent attendre leur tour pour se faire ausculter et soigner. J’ai goûté à cette médecine, de la pénurie de plages horaires, à la Clinique vétérinaire où j’allais pour ma Yansue : aux prises aux une diarrhée vraiment … chiante, j’ai dû parcourir plus de 250 kilomètres aller-retour pour qu’elle puisse recevoir un traitement approprié. Je ne l’ai pas regretté : elle virbre de bonheur pour nous.
Hier, j’avais un rendez-vous dans un hôpital situé dans une galaxie très près de notre milieu et j’ai l’on m’a confirmé une nouvelle qui jusque là, n’était que rumeur. J’en fus sidérée. J’en ai même pleuré de “désonnheur sociétal”, anticipant le presque vide du service de psychiatrie, touchant les consultations externes. Ce n’est pas la faute de l’établissement : des rencontres ont eu lieu pour chercher des solutions permettant de maintenir un minimum respectable de services. Mais confronté au manque exaspérant de psychiatres, l’hôpital ne pourra que faire en son mieux.
J’ai eu une pensée pour les personnes qui leur rendez-vous mensuel revêt une grande importance, ayant besoin de parler, d’être compris.e.s et rassurée.e.s., pour qui le fonctionnement dans le quotidien est plus difficile, qui ont besoin d’un ajustement de traitement. J’ai ressenti un vide pour eux. C’est une tragédie, pour une société, dans sa globalité, pas juste dans notre “microcosme régional”, que de devoir sacrifier ta gestion de pathologies x, pour ainsi placer des gens, des identités souffrantes, sur une liste d’attente portant des numéros. Et certains n’ont pas de médecin de famille : là, ils sont esseulés.
Merci Docteur B. Nos rencontres furent magnifiques et enrichissantes. Vous étiez un confident. Je me suis épanouie, acceptée, assumée, dans ma neurodivergence dont je suis maintenant fière. Mon unicité est singulièrement attachante. Après deux ans d’attente, je vous perds. J’ai pleuré devant vous et j’ai pleuré en sortant de l’hôpital. Vous ne me lirez pas, vous me l’avez dit, car vous n’êtes pas “techo connecté”. Mais je vous avais dit que j’écrirais sur le sujet. Chose faite.
D’une personne ayant un Trouble de déficit d’attention et d’hyperactivité (TDAH)
Source : Web
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