L’Humeur buissonnière

Parmi tous les arts, qu’ils soient de la scène, visuels ou littéraires, il en est un à la base qui se nomme : l’art de vivre. À la portée de tous ? Hum, oui, c’est sûr. Mais tous n’ont sans doute pas le même talent pour l’ériger avec virtuosité. Parmi les grandes artistes de ma vie, je pense d’emblée à deux femmes amies dont les prodigalités se traduisent en noblesse. Dont l’art de la table n’est chez elles que l’une de leurs habiletés. Mais pas la moindre. Car si le boire et le manger sont acte quotidien, savoir les assaisonner du sel de la terre, y mettre la juste dose de piment, pas trop de sucre, demande de la délicatesse et une fine sensibilité. Bref. Comme souvent, je m’égare. Car cette fois, c’est Lucie et Laurent que j’aimerais saluer en ces pages. Des gens de passage qui sont restés… dans nos cœurs. En vieillissant, nous ne cessons pas bien sûr de croiser ou de rencontrer de nouvelles gens ; il est plus rare cependant que ces rencontres se muent en amitié, en affinités si simples et faciles qu’elles coulent de source comme si elles avaient toujours existé.

Photo par Lise Morency

C’était un samedi de doux automne. Nous avions mis les petits plats dans les grands pour le plaisir justement de cet art de vivre retrouvé. Depuis longtemps, c’était tous les jours lundi, et nous étions heureux de vivre un vrai samedi, sans chandelle ni trompette, mais comblé de mets goûteux, de vins généreux et de conversations où valsaient ensemble la légèreté, le bon goût, et ce sérieux sévère de la bonté dont parle Levinas (un philosophe inspirant) et qui, pour moi, représente l’attention précieuse et fine que l’on porte au Vivant.

Avec des gens qu’on connaît depuis 15, 20, 30, voire 40 ans, il y a cette doudou existentielle qui s’appelle le familier, ces amis chez qui on entre sans frapper, avec qui on pleure sans peur, dont la seule proximité suffit à nous griser. Quand L&L sont arrivés ce soir-là, elle tout sourire, lui l’œil taquin ; quand on a trinqué, partagé, ri, échangé ; quand on s’est rendus au bout de nos humeurs buissonnières, j’ai eu le sentiment que ce recevoir était inscrit dans un mouvement alternatif où résidait une naturelle réciprocité.

Plus tard, quand est venue l’heure de nous souhaiter bonne-nuit-bons-rêves, je savais que demain serait un lendemain qui chante…

Dyane Raymond
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