L’Humeur buissonnière

Au temps de la pensée pressée, de Jean-Philippe Pleau, Lux Éditeur, 2023 (Photo par Dyane Raymond)

N’ayant pas un ego surdimensionné et possédant, il me semble, une conscience assez juste de ma valeur, je ne me considère pas plus importante ou plus fine qu’une autre, loin s’en faut. Je suis moi. Ce qui implique tout un tas de complexités, de contradictions et un caractère parfois de cochon. Ainsi, quand j’écris ici mes chroniques, toujours au « je » depuis de nombreuses années, me questionnai-je de temps à autre sur l’importance ou le sens de ce « je ». J’ai beau me répéter et croire comme l’édictait Rimbaud qu’un autre agit et pense au-dehors de moi, il demeure que ce qui se trame au fil de ces petits récits journalistiques est un je qui persiste et signe.

Il reste cependant évident pour moi, comme l’écrit Jean-Philippe Pleau, que : « […] la puissance d’un récit incarné au <je> rend possible : la proximité avec son sujet. Une proximité totale, car dans le particulier, il y a de l’universel, et tout <je> est social (p.47). […] Et comme le <je>est toujours un <je> social, il va sans dire que l’émission visait du même coup une meilleure compréhension de la société (p. 163). » Il parlait alors de l’émission Chasseurs d’idées, télédiffusée au début des années 2000 à Télé-Québec. Quant à moi, je l’écoute, lui, Réfléchir à voix haute à la radio de Radio-Canada sur ICI Première, à la fin de laquelle il lit en ondes un éditorial hebdomadaire, dont il a tiré quelques textes choisis pour publication.

Voilà pour la petite histoire. Autrement, comme vous le savez, je suis une marcheuse, par tous les temps et par quatre chemins, comme dirait l’autre, et quelquefois avec mes écouteurs sur les oreilles en écoutant l’animateur-sociologue et ses invités penser le monde, en écoutant le sociologue-animateur me poser des questions et ne pas y répondre à ma place, en écoutant l’animateur et le sociologue parler au « je » pour mieux m’interpeller.

Et au moment de rédiger mes Humeur buissonnière, je suis, non pas rassurée, mais néanmoins confortée sachant que mon « je » ne se réduit pas à un trivial petit narcissisme, mais va à la rencontre de femmes et d’hommes quelque part, n’importe où, là où vous êtes.

Dyane Raymond
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