Par | Danielle Perrault
Quand j’avais huit ans, la maîtresse nous avait donné un devoir, celui de parler de nos qualités. Je ne m’en connaissais aucune alors j’ai demandé à ma mère. Elle m’a répondu que j’étais orgueilleuse. Désemparée, je lui ai répondu que c’était un péché mortel. “Dans ton cas, c’est une qualité”, me dit-elle. Cette réponse m’a beaucoup troublée, car je n’arrivais pas à en décoder le sens. L’orgueil est une qualité quand on persévère malgré les embûches et un défaut quand on s’entête à vouloir avoir raison en dépit de tout.
Ça m’a pris beaucoup de temps à départager ces deux concepts qui portent le même nom. Aujourd’hui, quand j’observe le paysage politique, je constate que nos dirigeants n’ont pas fait ce travail de distinction. Quand l’orgueil politique cesse d’être une force au service de la collectivité pour devenir l’incaраcité de reconnaître une erreur, il cesse d’être une vertu. II devient une tyrannie ordinaire où le citoyen paie la note, victime malgré lui du refus des puissants Il existe un orgueil noble, celui qui d’avouer qu’ils se sont trompés. pousse un État à bâtir, à protéger, à persister face aux crises. Mais ce à quoi nous assistons trop souvent est la forme sombre et stérile de cet orgueil: l’obstination. Une certitude aveugle qui pousse le pouvoir à imposer des décisions en dépit de l’accord, du bon sens et des appels répétés des citoyens. Dans cette mécanique, ils ne comptent plus comme des partenaires démocratiques, mais comme des obstacles à contourner. On ne gouverne plus pour le peuple, on gouverne contre lui, convaincu du haut de sa chaire qu’avoir le pouvoir donne automatiquement raison.
Ma filleule, Mathilde Perrault-Archambault, vient de publier un conte pour enfants dont le titre est “L’élection prési-dentelle”, un lapsus involontaire de son fils de 6 ans qui la questionnait. Quelle formidable inspiration! Nous avons tous nos forces et nos faiblesses. Je rêve que nos partis politiques, tous confondus, parviennent à ce constat si simple pour qu’ils arrêtent de se déchirer. Le pouvoir se résume-t’il à qui a raison et qui a tort.
Parviendrons-nous à nous écouter pour trouver de meilleures solutions pour toutes et tous au lieu (pour citer ma nièce) : “de la succession de coups bas et de coups fourrés auxquels les hommes et les femmes politiques nous ont habitués”? Ça s’appelle grandir et évoluer. Les enfants apprennent des adultes; il serait temps de changer notre discours. C’est moi ou c’est toi. C’est la logique de tout enfant de deux ans qui s’aperçoit que l’autre pourrait lui enlever ses jouets. Même si c’est un apprentissage difficile, on lui montre à ouvrir son ceur et à partager. En acceptant de le connaître, l’autre n’est plus perçu comme une menace ni un ennemi, mais comme un être qui lui permet d’agrandir ses potentialités et avec lequel il peut jouer. La rivalité est ce qui fomente toutes les guerres.
La psychologue Danielle Perrault a écrit plusieurs contes thérapeutiques et des livres, Guérir de son histoire et Une histoire ça se guérit et réalisé une dizaine de balados sur la santé mentale, dont À l’écoute de soi, accessible sur Internet.
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