Si toutes les cloches du cimetière se mettaient à sonner

Par | Mylène Croteau

Le mois de novembre est associé aux morts. Je préfère toutefois, question perception de la dureté du mot, utiliser le terme de défunts. Donc, en ce début du mois de novembre, des articles portant sur divers aspects de l’ultime destination funeste de l’humain y seront intégrés sur le site Web du Cantonnier. 

Inventés au XIX siècle pour éviter d’être enterré vivant, les cercueils à clochette, aussi appelés “cercueils de sûreté”, sont des dispositifs funéraires portés par la phobie généralisée du réveil outre-tombe (taphophobie). À l’époque, les crises de catalepsie et les comas mal diagnostiqués étaient légion : cette ingénieuse invention technologique offrait une dernière chance de salut aux prétendus défunts.

Comment fonctionnait ce mécanisme de survie?
Malgré que les modèles variaient selon les inventeurs, le principe de base demeurait le même. Des cordelettes ou des fils étaient attachés aux membres ou aux doigts avant de fermer le cercueil. Ces fils remontaient à travers un petit conduit jusqu’à la surface de la tombe, où ils étaient reliés à une clochette ou à un petit drapeau. Si la personne se réveillait, ses mouvements tiraient sur les ficelles, faisant ainsi retentir la cloche à l’extérieur pour alerter les fossoyeurs ou les gardiens de nuit. Pour éviter que la victime ne s’asphyxie en quelques heures, les modèles les plus avancés intégraient un tube respiratoire pour acheminer l’air depuis la surface.

Des brevets insolites
Le XIX siècle a vu germer des dizaine de variantes brevetées à travers l’Europe et les États-Unis. En effet, le modèle de Johann Gottfried Taberger (1829) proposait un système mécanique complet reliant les mains et les pieds à une cloche de surface. Quant au modèle d’Adolf Gitsmuth (1822), le cercueil était équipé d’un tune permettant au médecin d’ausculter ou même d’alimenter le défunt en cas de problème. Enfin, le coffre de Franz Vester (1868) , comprenait un tube d’aération assez large pour y glisser une échelle, permettant au “ressuscité” de grimper lui-même en sécurité.

Ce système fonctionnait-il? Une personne enterrée vivante a-t-elle été sauvée par ce système?
À ce jour, il n’existe aucune preuve historique documentée qu’une personne ait pris regain de vie grâce à ce système ou échappée à la mort.  Le phénomène de décomposition naturelle provoquait souvent un gonflement des corps ou des mouvements post-mortem involontaires. Ces spasmes faisaient parfois tinter les cloches à tort, déclenchant de fausses alertes terrifiantes pour les gardiens de cimetière.

L’expression “Être sauvé par la cloche” vient-elle de cette invention?
Une légende urbaine tenace prétend que l’expression anglaise «saved by the bell» (sauvé par le gong/la cloche) provient de cette pratique. En réalité, cette expression trouve ses origines dans le milieu de la boxe à la fin du XIXe siècle, lorsqu’un boxeur au tapis était sauvé d’un décompte fatal par le son de la cloche marquant la fin du round.

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