Par | Daniel St-Laurent
La route est longue ou courte. Le soleil s’étend. La lune fait bouillonner les rêves. Et le temps mise sur le temps, sans que tout ça ne paraisse. En 1987, nous achetions une maison pleine d’abandon. Nous allions être de nouveaux parents; des parents tout neufs. Et sans trop rien savoir, on a peinturé nos jours avec beaucoup d’amour. Les années ont fait la fête et la neige a fait le reste. On a cloué des projets sur le calendrier. Des projets, réalisés. On a pelleté du soleil sur nos couvertures de laine. On est montés en haut de la tour, regarder les érables faire leur sirop. Oh! que c’était beau. Oh! que la lune brillait dans nos empreintes de vivre. Une rivière coule dans tous les sens et un bon matin, la vie s’est mise à compter d’autres étoiles. On a sorti nos manteaux pour les étendre sur nos cordes à linge, pour respirer autre chose. Et le vent a sifflé des bonjours sur d’autres chemins. Les raquettes se sont étirées, sur des sentiers tout neufs.
Cette joie de naître et de renaître. De prendre le bateau des îles, de porter un regard autrement sur le pouding de vivre. Je suis un poète de naissance. Un gaucher gauche. Un heureux crapaud libre. Et j’ai de la chance. Beaucoup de lunes sur mes joues. L’œil bleu-vert comme la mer. Je suis montagne, maison de planches et petit oiseau. Qu’elle est belle cette étoilée d’étoiles, qu’elle est longue, qu’elle se sent les ailes ouvertes devant ce tableau de l’ici et du voilà. Je partage mes traces pour que poussent des nénuphars tout le long de ma route. Et ma route prend un nouveau chemin pour que l’aventure de la joie s’exprime ouvertement. J’ai une petite-fille dans ma vie. Elle est mon château de sable. Et je vous le dis, c’est du solide.
Sur l’étendue de l’étang, une famille canard se baigne dans ce plaisir de patiner ensemble. Même si le vent frappe fort, les canards tiennent la rame, car ils ont tout, et ils savent nourrir leurs rêves. Demain, on sera déjà demain. Mais en attendant, cueillons ce jour et tout le soleil qui nous enveloppe. Marcher, le regard étendu.
C’est ça, le bel’amour. Ce beau bijou qui caresse nos étoiles. La lune goûte bon. Buvons des poèmes.
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