La précrastination ou le syndrome de l’action immédiate : “mettre la charrue avant les boeufs”

Par | Mylène Croteau

Faire les choses trop vite, dans la désordre, avec precipitation ou distraction, ou comme le dit l’expression connue, “mettre la charrue avant les bœufs”.

La procrastination a son contraire : la précrastination! C’est cette mauvaise habitude de vouloir tout faire maintenant sans réfléchir à la pertinence de la tâche ou au niveau de priorité. Autrement dit, on s’empresse de faire une tâche donnée aussitôt qu’elle se présente, alors que ce n’est pas forcément une priorité.

Comme la procrastination, la précrastination peut causer des ennuis au niveau de la gestion du temps. En effet, la personne devient maître dans l’art de réagir à des urgences ou “d’éteindre des feux”, fait majoritairement passer les priorités des autres avant les siennes, délaisse ses priorités pour des choses moins importantes et l’amène à être moins dans l’ici et maintenant’ ou le moment présent. De plus, la personne qui précrastine, qui s’attelle à la tâche trop rapidement, peut aussi se décourager vite, car elle n’a pas pris le temps d’analyse l’ampleur et la nature de la tâche, pas plus qu’elle n’a pensé à une méthodologie ou à une procédure. Elle risque donc de commettre certaines erreurs ou omissions telles que : fautes d’orthographe, de syntaxe et “de frappe”, oubli de sections à un document, façon de procéder qui finalement demande que l’on recommence, oubli d’un morceau ou d’un accessoire, etc.

Vite fait, bien fait?

Au travail, cela se traduit par une tendance à vouloir terminer au plus vite ses to-do-lists (listes de choses à faire) pour diminuer sa charge mentale. Précrastiner, n’est pas forcément une bonne chose puisque cela peut générer un niveau important de stress, ce qui s’avère être contre-productif. À tout vouloir faire tout, tout de suite, le travail peut être bâclé, fatiguant et perçu moins mois attrayant et pertinent. Une personne qui a cette habitude va tout commencer en même temps, quitte à se disperser et à rencontrer des difficultés à terminer tous ses dossiers en cours.

Qui seraient les personnes qui pratiquent la précrastination?

Elles rechercheraient à tout prix la reconnaissance des autres : un besoin de sur-valorisation généré par une estime d’eux-mêmes déficiente, découlant de “blessures” telles que l’abandon, l’injustice, la négligence ou le rejet, par exemple, ou autres traumatismes liées à l’enfance principalement ou à des événements survenus à l’âge adulte. Le besoins de grande reconnaissance peut aussi s’expliquer par un souci de perfectionniste. Ainsi, en réalisant la tâche le plus vite possible et souvent seules, ces personnes s’assurent d’avoir la seule “bonne vue”  du projet pour être certaines que le travail soit accompli selon leurs “standards” de méticulosité ou de perfection.

Elles auraient un besoin impérieux de contrôler leur environnement, leur travail, les délais : ils ont l’impression que si une tâche ne débute presque immédiatement après avoir été attribuée, elle restera en suspens. Ils ont l’impression que s’ils ne terminent pas une tâche dans les délais les plus rapides, elle ne sera jamais accomplie. Par ailleurs, le besoin d’exercer un contrôle sur sa vie, relève généralement d’une incapacité à déléguer, puisque les personnes croient assez fermement que leur façon de faire les choses ou de la concevoir est la meilleure. Leur confiance en eux et en les autres et plutôt ténue.

Elles seraient souvent hyperactives, éprouvant des difficultés à se détendre: elles aiment passer rapidement à l’action, sont capable de fournir un effort intellectuel ou physique soutenu et sont généralement enthousiaste car elles ont des idées qui fusent de toutes part dans leur cerveau. Par contre, ce dynamisme à vouloir aller vite peut bâcler certains aspects d’une tâche, car leur vision du projet peut être soit plus large (perçoivent moins les détails) ou trop détaillée (perdent de vue l’ensemble du projet). À force de courir constamment, de tout réaliser le plus rapidement possible afin de gagner du temps pour accomplir encre plus de choses, on finit simplement par s’étourdir et ne pas être satisfait de ce que l’on entreprend. L’anxiété, le stress, la perte de vue d’objectifs à court et à long terme sont des conséquences néfastes de la précrastination.

D’où vient l’expression “mettre la charrue avant les bœufs”?

Cette expression désigne une personne qui veut aller trop vite en besogne en faisant preuve de logique, mais de façon trop rapide, un peu désordonnée. Pourquoi utiliser les mots charrue et bœufs? Sachez que cela remonte au 16e siècle, à l’époque où les paysans, lorsqu’ils voulaient s’accorder une journée de repos, démontaient leur charrue et la plaçait devant leurs bœufs. Signifiant ainsi que le travail était terminé et qu’il était temps de se détendre ou de vaquer à d’autres occupations. Mettre la charrue devant les bœufs un matin de labeur aurait été totalement illogique. Cette expression liée au domaine de l’agriculture est maintenant bien ancrée dans le langage courant, tant chez nos voisins francophones d’outre-mer (France) qu’ici, au Québec.

Cette expression commune possède son équivalent dans la langue de Shakespeare, où les bœufs sont remplacés par des chevaux.  En Espagne, la métaphore animalière est abandonnée par Empezar la casa por el tejado, ou, en français, “Commencer la maison par le toit”. Ce qui pas logique. À moins d’un tour de prestidigitation, le toit ne tiendra pas seul dans les airs, sans une base solide.

Et les Allemands, eux? Ils utilisent l’expression Den Schwanz aufzäumen, qui signifie “Brider le cheval par la queue”. Faisant aussi référence au syndrome de l’action immédiate, une métaphore illustrant une action absurde, inefficace, où l’ordre logique est inversé.

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