Opinion : Comparer pour mieux diviser

Que fait-on le 25 décembre habituellement ? Festoyer, rire, s’empiffrer, et ce, même en confinement. Bizarrement, je corrigeais. Et le 27 décembre ? Je répondais aux élèves concernant la remise d’un travail. Et le 30 décembre ? Ah oui ! Ça me revient… je dirigeais une autre élève. Savez-vous quoi ? Je ne me plains pas. Je suis fatiguée, mais je ne me plains pas. Plus fatiguée que d’autres ? Pas plus que mon amie en congé de maternité qui peine à s’occuper de ses deux enfants en permanence et à jouer à la monitrice de camp de jour. Pas plus que ma sœur qui œuvre dans le domaine de la comptabilité et qui voit ses heures de travail augmenter à cause du télétravail. Pas plus que la jolie dame souriante qui me sert à l’épicerie. Est-ce si important de savoir qui gagne plus, qui travaille davantage, qui a les meilleures conditions, qui est le plus fatigué, qui mérite plus de vacances ? Pourquoi toutes ces comparaisons totalement inutiles ? Pourquoi ces attaques gratuites qu’on retrouve en trop grande quantité sur les réseaux sociaux ? Je suis désolée et irritée de lire tous ces commentaires désobligeants. Nous devons faire attention à l’autre, c’est primordial.

D’abord, pouvez-vous me dire où est passé l’esprit critique ? Pourquoi les réseaux sociaux impliquent-ils nécessairement « Je donne mon opinion sur tous les sujets » ? Depuis maintenant dix ans, j’enseigne aux élèves de cinquième secondaire à utiliser leur jugement critique, à formuler des argumentations solides, fondées sur des faits. Sachez qu’en lisant cette haine envers les enseignants, les jeunes qui ne se conforment pas, les voyageurs, etc., je vais redoubler d’efforts sur ces notions plus importantes que jamais. L’esprit critique commence par le discernement et le questionnement personnel. Nous tous, n’oublions jamais de nous questionner sur la teneur de nos interventions. Feront-elles avancer une cause importante ? Sinon, abstenons-nous. Aussi, l’esprit critique réside dans le choix du vocabulaire et du ton employé. Soyons courtois. Rabaisser les autres et être vulgaire n’ont jamais aidé quiconque. Il est donc sans équivoque que le sens critique doit devenir le cheval de bataille de tout un chacun.

Ensuite, personnellement, je ne comprends pas. Je ne comprends plus. Je n’adhère pas. Toute cette hargne gratuite ne peut être que néfaste pour tous, et surtout dans ces moments difficiles où TOUT LE MONDE est à bout de souffle. On ne peut pas se comparer ainsi, car c’est une lutte sans fin qui s’amorcera. Pourquoi ne pas s’unir ? L’épicier me nourrit, l’infirmier me soigne, le médecin me conseille, le quincaillier me donne un toit, j’enseigne aux jeunes. C’est sans compter tous les corps d’emploi qui me permettent de me divertir, de me vêtir, d’écrire, et j’en passe. Nous formons un tout, la société est un tout. Et on doit s’arrêter là ! C’est quand même simple quand on y pense.

Bref, peut-être que je rêve, que je suis trop optimiste, que j’idéalise le monde dans lequel je vis, mais je crois fermement que nous sommes capables de mettre fin à ces guerres de mots qui ne règlent strictement rien. Louis Pasteur a écrit : « Ayez le culte de l’esprit critique ». En ces temps particuliers et même après, quand tout sera passé, j’ose espérer…

Jessie Poulin, enseignante, Weedon

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