Peut-on croire en nos médias?

Par | Jean Boilard

Depuis quelques années, la confiance envers les médias semble s’effriter un peu partout en Occident. Aux États-Unis, les attaques répétées de Donald Trump contre les journalistes et les grandes chaînes d’information ont profondément changé le rapport du public à l’information. Mais cette méfiance ne s’arrête pas à la frontière américaine. Ici aussi, dans la MRC des Appalaches, plusieurs citoyens se demandent désormais : peut-on encore croire en nos médias?

Autrefois, l’information provenait principalement des journaux locaux, de la radio et des bulletins de télévision. Les familles regardaient les nouvelles du soir et faisaient généralement confiance aux journalistes pour rapporter les faits. Aujourd’hui, les réseaux sociaux ont complètement transformé cette réalité. Facebook, TikTok, YouTube et les plateformes de diffusion instantanée permettent à chacun de partager son opinion, ses analyses… et parfois ses fausses informations.

Le problème, c’est que la frontière entre opinion, information et désinformation devient de plus en plus difficile à distinguer. Une publication virale peut rejoindre des milliers de personnes avant même qu’un média traditionnel ait eu le temps de vérifier les faits. Dans ce nouveau monde numérique, les émotions voyagent souvent plus vite que les preuves.

Les débats politiques américains influencent également notre perception des médias canadiens. Lorsque Donald Trump qualifie les journalistes de « fake news » ou « d’ennemis du peuple », ce discours traverse rapidement les frontières. Certains Canadiens reprennent maintenant les mêmes critiques envers les médias nationaux comme CBC/Radio-Canada ou d’autres grands réseaux. On accuse parfois les journalistes d’être biaisés, trop proches du pouvoir ou déconnectés des réalités régionales.

Pourtant, malgré les critiques, les médias professionnels demeurent parmi les rares institutions qui appliquent encore des règles strictes de vérification, de validation des sources et de responsabilité publique. Une erreur publiée dans un journal reconnu peut entraîner des excuses, des corrections ou même des poursuites. Sur les réseaux sociaux, les fausses nouvelles disparaissent rarement complètement.

Dans les régions comme la nôtre, les médias locaux jouent aussi un rôle essentiel qu’on oublie parfois. Qui assiste aux conseils municipaux? Qui informe la population des collectes de fonds, des enjeux agricoles, des fermetures d’usines ou des difficultés des organismes communautaires? Très souvent, ce sont les médias régionaux et communautaires qui accomplissent ce travail de proximité.

Cela ne signifie pas que les médias sont parfaits. Les salles de rédaction subissent des compressions importantes, la concurrence numérique pousse parfois au sensationnalisme et les journalistes doivent produire davantage de contenu avec moins de ressources. Cette pression peut affecter la qualité de l’information et alimenter la méfiance du public.

Mais dans une société démocratique, le véritable danger, outre les erreurs médiatiques, ne survient-il pas quand personne ne croit personne? Lorsqu’on rejette systématiquement toute information qui ne confirme pas nos opinions, le débat public devient impossible.

La question n’est donc peut-être pas « Peut-on croire en nos médias? » mais plutôt « Comment développer un esprit critique sans tomber dans la méfiance absolue? »

À une époque où chacun peut diffuser sa propre version des faits, apprendre à vérifier les sources, comparer les points de vue et soutenir l’information locale deviennent plus importants que jamais. Parce qu’au final, l’une des meilleures protections contre la manipulation et la division, c’est une société bien informée.

À propos Mylène Croteau

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