Attribution des noms de rues à Disraeli

À la suite d’une demande faite par « Le Regroupement des 30 chefs de Famille de D’israeli » auprès du gouvernement provincial de l’époque, l’arpenteur J. B. Richard a rendu publics, en novembre 1878, les premiers plans de ce qui allait devenir officiellement, en 1883, la municipalité de D’Israeli. Cette carte nous informe qu’en 1878 il n’y avait ni église, ni école, ni pont reliant les deux rives du lac. La seule façon de traverser était d’emprunter le bac-passeur de Vilmaire Brousseau ou le « tracel » du Chemin de fer Québec Central (QCR) construit en 1878. Le premier pont sera construit en 1879. Le terrain occupé par l’avenue et la rue des Parcs va disparaître, submergé par les eaux du lac à la suite de la construction, en 1897, du barrage Aylmer à Saint-Gérard. L’artère appelée « Le Chemin Lambton » était le dernier segment d’une voie de colonisation qui partait de la Beauce et aboutissait à Disraeli. C’est cette route, tracée en 1854, que plusieurs familles beauceronnes empruntèrent lorsqu’elles sont venues s’établir chez nous. Il est aussi à noter que les avenues sont parallèles au lac alors que les rues lui sont perpendiculaires, comme c’est encore le cas aujourd’hui. Une rue appelée « Circulaire », qui encerclait complètement le village, va disparaître à mesure que la municipalité va s’agrandir.

En 1933, à l’occasion du 50e anniversaire de la municipalité, le maire d’alors, M. Thomas Lapointe, eut l’idée de lancer un grand concours auprès de la population afin de trouver des noms aux différentes artères du village. Le prix à gagner était 10 $, ce qui semblait très généreux puisqu’à cette époque de « Grande crise économique », un ouvrier d’expérience pouvait gagner 0,50 $ pour une journée de travail de 12 heures. Ce sont deux jeunes garçons dans la quinzaine, Moïse Turcotte et son frère Jean-Marie, les fils de Louis Turcotte et de Fabiola Lapointe, qui remportèrent le concours et donnèrent aux rues et avenues du village leur nom. La première rue, qui était à l’époque la grande artère commerciale, fut baptisée « rue Laurier » en souvenir de Wilfrid Laurier, premier ministre du Canada de 1896 à 1911. L’avenue qui donnait directement sur la rivière devint l’avenue Saint-François alors que les avenues 2, 3 et 4 (voir la carte) furent baptisées respectivement Jacques-Cartier, Montcalm et Champlain, des personnages marquants de la période française.

Première carte du village de Disraeli en 1878

Comme c’était la mode à cette époque de mélanger le religieux et le civil lors de l’attribution de noms de lieux, la deuxième rue fut nommée rue Saint-Louis (en souvenir de Louis Laflamme, premier occupant de la rue), la troisième devint la rue Saint-Alphonse (Alphonse Gouin), la quatrième, la rue Saint-Joseph (Joseph Parent, industriel) et la cinquième, la rue Hamel (le curé J. A. Hamel, curé à Disraeli de 1890 à 1926). La sixième rue devint la rue Saint-Thomas (Thomas Lapointe, député de Wolfe, maire de Disraeli et gérant de la Cie Brompton pour le Haut-Saint-François), la septième, la rue Sainte-Luce (patronne de la paroisse), la huitième, la rue Saint-Jean (Jean Fortier, premier sacristain) et la neuvième, la rue Saint-Paul (Paul Nault, premier occupant). Plus tard, on baptisa les rues Saint-Roch, Sainte-Suzanne et Saint-Émile en souvenir de Roch Gagné, de son épouse Suzanne Asselin et de leur fils Émile, les propriétaires du terrain. La rue Saint-Antoine fut nommée en l’honneur de madame Antoinette Lemay, première institutrice à l’école de la Gare (première école Saint-Antoine). Le chemin Lambton fut baptisé rue Champoux et la rue Saint-Charles devint Charles Bienvenu (industriel, Disraeli Box). Cette rue est aujourd’hui une section de la rue Saint-Joseph.

Plus tard, la mode fut de baptiser les rues du nom des anciens curés de la paroisse. C’est ainsi que la rue Jobin, qui deviendra la rue Guertin, doit son nom à J. D. Jobin (curé 1883-1887), la rue Hamel à J. A. Hamel (curé 1890-1926), la rue Marcoux à Ed. Marcoux (curé 1940-1950), la rue Camirand à L. P. Camirand (curé 1954-1959) et la rue Bilodeau à Georges Bilodeau (curé 1959-1969). Le chemin de Saint-Jacques devint la rue Champagnat en l’honneur de Marcellin Champagnat, fondateur des Frères Maristes, arrivés à Disraeli en 1919.

À un certain moment, on prit l’habitude de nommer les rues nouvelles du nom des anciens propriétaires de terrain. Ce fut le cas des rues Lessard (Philibert Lessard), Grimard (Robert Grimard), Gervais (Robert Gervais), Dion (Lucien Dion), Brousseau (Ferdinand Brousseau), Lehoux (Charles Lehoux), Grégoire (P. A. Grégoire), Morin (Ovila Morin), Daigle (Marcel Daigle), Caron (Joseph Caron) et Laflamme (Roger Laflamme).

À une époque plus récente, ce sont les noms de maires et politiciens locaux qui ont été choisis. Ainsi, la rue Boutin prit le nom de Louis-Émile Boutin (maire de 1954 à 1957), la rue Ouellet celui de Marius Ouellet (industriel, maire de 1953 à 1954) et la rue Guertin honora celui qui fut maire de 1963 à 1975 et de 1981 à 1988. Le Parc industriel Jolicoeur fut ainsi nommé à la mémoire d’Yvon Jolicoeur (maire de 2001 à 2009), la rue Beaudoin dans le Parc industriel porte le nom d’Edmond Beaudoin (maire de 1957 à 1960), le parc François-Beaudoin de celui qui fut maire de 1976 à 1981, et la rue Lavoie nous rappelle celui qui fut député de Wolfe de 1962 à 1973, René Lavoie.

Au sujet Jean-Claude Fortier

Jean-Claude Fortier

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