Chronique historique : La visite paroissiale de « Monsieur le curé »

Faisons un recul de 80 ans dans le temps pour nous retrouver à l’époque où l’abbé Édouard Marcoux était curé de la paroisse Sainte-Luce de Disraeli de 1940 à 19541. Nous étions encore, à cette époque, une société traditionnelle où les valeurs rurales étaient bien vivantes et où la pratique religieuse jouait un rôle primordial dans la vie de nos ancêtres. Ajoutons à cela que la société sortait de la crise économique des années 29-40 et que les restrictions alimentaires (rationnements) imposées par les autorités politiques durant la guerre de 39-45 maintenaient un état de pauvreté permanent dans la vie de toute une génération.

Pour les gens de cette époque, le mois d’octobre était plus que le mois des couleurs dans la nature : c’était la fin du cycle estival et l’entrée dans le grand repos hivernal. Les récoltes avaient été engrangées, le bois de chauffage cordé à l’abri des intempéries, les cultivateurs avaient fait boucherie en prévision du long hiver qui allait venir.

L’abbé J. Édouard Marcoux, curé. Gracieuseté

C’était aussi le moment où « Monsieur le curé » entreprenait sa visite paroissiale qui le mènerait au cœur de la vie de chacun de ses paroissiens et paroissiennes. Une annonce, faite lors de la messe dominicale à laquelle tout le monde assistait, indiquait à quel jour il irait voir la famille. C’était une visite importante et attendue. Pour l’occasion, le ménage avait été fait et la maison avait revêtu ses plus beaux atours. Tous les membres de la famille se devaient d’être présents et endimanchés. Même les enfants s’absentaient de l’école pour voir Monsieur le curé.

Un des buts de cette rencontre était de mieux connaître l’état de la famille et de chacun de ses membres, de s’enquérir de leurs projets et des aspirations de chacun. Monsieur le curé profitait également de sa rencontre pour s’entendre sur le paiement de la dîme : cette contribution annuelle fournie par chaque famille afin d’assurer sa subsistance et l’entretien de l’église et du presbytère. Les gens du village faisaient habituellement un don en argent alors qu’à la campagne, il était fréquent que les cultivateurs s’acquittent de leur dîme par des dons matériels : cordes de bois pour le chauffage de l’église et du presbytère ou produits alimentaires, comme des pièces de viande, des légumes, des mets préparés, etc. Remarquez, sur la photo 1, l’accumulation de bois de chauffage à proximité de l’église, apporté par les cultivateurs en paiement de leur dîme. La photo nous montre aussi le rassemblement de gens venus célébrer probablement la fête des Moissons (Action de grâce).

Gracieuseté

La visite se terminait par la traditionnelle bénédiction donnée par Monsieur le curé à toute la famille et le souhait d’une année heureuse et prospère.

Les décennies se succédèrent pour en arriver à la société d’aujourd’hui qui véhicule des valeurs bien différentes de celles d’autrefois. Monsieur le curé ne fait plus de visite paroissiale et la C.V.A. (contribution volontaire annuelle) a remplacé la dîme traditionnelle.

1 Monsieur l’abbé J. Édouard Marcoux naquit à Sainte-Edwidge-de-Clifton en 1895. Il fut curé de la paroisse Sainte-Luce de 1940 à 1954. Il fit construire une salle de patins à roulettes qui deviendra plus tard la salle des Chevaliers de Colomb, aujourd’hui la marina. Il participa également au développement agricole et industriel de Disraeli.

Au sujet Jean-Claude Fortier

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