Heureux de leurs 77 automnes en 2026: Mais non nostalgiques du passé

Par | Mylène Croteau

Ce n’est pas la première fois que j’entends des personnes ayant généralement plus de 65 ou 70 ans dire : “En 2026, je suis heureux d’avoir mon âge.” Est-ce un paradoxe? L’humain, même s’il ne veut pas l’avouer, n’aime généralement pas, à des degrés divers, vieillir. Il serait donc logique de désirer avoir 2 décennies de moins au compteur? Non? Pourtant, récemment, deux personne nées en 1949 m’ont confié avec assurance être heureux de leur 77 ans en 2026.

Je n’étais pas vraiment interloquée, car je regarde ponctuellement les bulletins de nouvelles, je me renseigne sur le web, je réfléchis, j’analyse et surtout, je constate, dans ma première décade qui me permettrait de bénéficier des avantages des “séniors”.

Mais je constate quoi au fait?

Que je ne suis pas certaine qu’il y aura suffisamment de dollars dans les coffres de la province pour recevoir la pension dite de vieillesse, l’ayant cotisée toute ma vie de salariée. Il me reste quinze ans à travailler : le ferais-je en excellente santé? Aurais-je le même emploi lorsque je prendrai ma retraite? Je ne le crois pas. Pourrais-je y accéder, à la retraite? Quant aux deux personnes de 77 ans, elles sont sereines sur cet aspect: elles ont un revenu fixe, chaque mois, depuis un peu plus de 12 ans. Elles n’ont pas d’inquiétudes en matière de revenu annuel, puisqu’il leur est assuré. Elle n’ont plus à faire leurs preuve sur le marché du travail. Elles ont eu le privilège de choisir de décider du moment de leur nouveau mode de vie. Quant à moi, je me questionne, je suis inquiète. Franchement, oui.

Que la hausse des prix est effarante, galopante et qu’elle place de plus en plus dans un goulot d’étranglement les personnes seules est les ménages moins fortunés. Rappelez-vous seulement l’augmentation des coûts des loyers ou des maisons, de la nourriture, de l’essence, des services de communication (câblodistribution, cellulaire, internet) et des automobiles, même usagées, depuis quelques années. Nous en avons donc moins qu’avant pour le même 20, 50 ou 100 dollars. Ces deux personnes septuagénaires n’étaient pas “argentées” ni pauvres : situons-les dans la classe moyenne. Ils constatent que le même 20 dollars, il y a 40 ans, voire même il y a 20 ans, leur permettait d’en “avoir plus pour leur argent”. Ils admettent que ce changement drastique les aurait étouffés s’ils avaient actuellement 20 ans de moins avec leurs revenus de l’époque. Vivre ainsi, c’est respirer avec un sifflement, la gorge souvent nouée, le cœur pris dans un étau. Sous cet aspect, avoir 77 ans en 2026, est donc pour ces deux charmants individus, un soulagement.

Que les perspectives d’avenir mondiales, au regard des bulletins de nouvelles de toutes les chaises télévisuelles, qu’elles soient canadienne, américaines ou européennes, se réchauffent ou se refroidissent, selon le climat climatique, ou sont presque atomiques, en raison de la volonté d’armement à l’échelle planétaire. La guerre des puissances, les trafic de pouvoir et d’influence, la convoitise de minéraux et autres matières premières essentielles aux technologies, entre autres, semble avoir plongé plus drastiquement les populations dans une fosse abyssale. Quel sera l’avenir des “adorables petits choux qui poussent”? Ou celui des adolescents? Et des jeunes couples dans la vingtaine ou même dans la trentaine? Quelle sera la capacité de la terre à fournir de la nourriture? Les réserves de pétrole ne sont pas éternelles. Pas plus que l’eau. Il pourrait y avoir de grands mouvements de population à cause de la sécheresse ou des inondations. De nouvelles énergies dites vertes (éoliennes, solaires) seraient salvatrices. Les taux d’intérêt grimperont-ils à une vitesse vertigineuse? Pour les deux personne de 77 ans, que nous nommeront Godias et Délima, ces tracas les touchent, car ils pensent à leur petits-enfants. Mais ils savent qu’ils n’en seront pas longtemps affectés s’il des catastrophes surviendraient ou si un changement de mode de vie s’imposerait.

Godias et Délima ne sont pas les seuls sexagénaires, septuagénaires, octogénaires, nonagénaires ou centenaires que je connais ou que j’ai connus, qui éprouvent le même sentiment : ils disent avoir eu le meilleur, même si leurs revenus ne les situaient pas dans les mieux nantis. Ils disent avoir “trimé dur” dans un système qui semblait moins “administratif” et moins compliqué qu’aujourd’hui. Il savaient, qu’il y avait suffisamment de personnes pour cotiser dans le régime des retraites. Ils savent aujourd’hui, avec la dénatalité, le vieillissement des la population et certains prélèvement considérés par d’aucun comme douteux, que ce ne serait probablement plus le cas. Et semblait-il, à une certaine époque, le “carnaval de frasques ministérielles” n’était pas autant étalé au grand écran.

Toutefois, même si les aînés de 2026, sont informés, ils font comme moi : ils réfléchissent, évaluent et constatent. Que les changements sont là. Mais ils ne sont pas pour autant affectés d’une vive anxiété environnementale ou politique. Ils participent à la vie de leur collectivité, sont engagés auprès de leurs familles, ont des loisirs et veillent à leur bien-être physique et émotif.

Goethe – “Quarante ans, c’est la vieillesse de la jeunesse, mais cinquante ans, c’est la jeunesse de la vieillesse. Une jeunesse qui n’a d’égards pour la vieillesse signe un pays sans boussole,. La jeunesse est un cadeau de la nature. mais la vieillesse est un art.”

 

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